SUE, Eugène, Mathilde: un roman populaire

J’ai lu Mathilde, mémoires d’une jeune femme pour un cours de M1 sur les romans populaires. Je vous recommande (c’est un pavé!) ce roman-fleuve qui fut d’abord publié sous la forme d’un feuilleton, c’est-à-dire en épisodes successifs, dans le périodique La Presse. Il a ensuite été réuni en un ouvrage de plusieurs tomes, paru en 1845.

Cette composition en épisodes tient le lecteur en haleine: chacun s’achève sur des scènes extraordinaires, des révélations à demi-mots ou des propos empreints de suspense. A l’époque, le tout Paris en attend impatiemment la parution.

Ce roman-feuilleton est aussi ce que l’on nomme aujourd’hui un roman populaire. Il s’agit d’un genre qui regroupe des romans facilement accessibles à tous, liés à la production de masse. Selon Daniel Couégnas, « le roman populaire, par l’intermédiaire du feuilleton, reprend et amplifie la formule: son texte est avant tout narratif parce que l’attente curieuse de ce qui va arriver dans la suite du récit, au « prochain numéro », constitue la motivation la plus commune, la plus fédératrice d’un lectorat potentiellement immense ».

 

Voici quelques éléments de bibliographie qui peuvent vous éclairer sur ce sujet:

ARTIAGA, Loïc, « Lu, critiqué, consommé: le roman populaire et ses lecteurs », Le roman populaire, p. 117-135, Editions Autrement, 2008. A consulter sur http://www.cairn.info/le-roman-populaire—page-117.htm

COMPERE, Daniel, Les romans populaires, Presses de la Sorbonne Nouvelle, 2011.

COUEGNAS, Daniel, Introduction à la paralittérature, Editions du Seuil, 1992.

COEGNAS, Daniel, « Qu’est-ce que le roman populaire? », in Artiaga, Loïc, Le roman populaire, p.35-53, Editions Autrement, 2008. Disponible sur www. cairn.info/le-roman-populaire—page-35.htm

DUMASY-QUEFFELEC, Lise, « Univers et imaginaires du roman populaire », in Artiaga, Loïc, Le roman populaire, p. 75-95, Editions Autrement, 2008. Disponible sur http://www.cairn.info/le roman populaire—page-75.htm

FRIGERIO, Vittori, « Bons, belles et méchants (sans oublier les autres): le roman populaire et ses héros », Artiaga, Loïc, Le roman populaire, p. 97-115, Editions Autrement, 2008. Consultable sur http://www.cairn.info/le-roman-populaire—page-97.htm

A suivre, la fiche de lecture sur Mathilde.

Quelques mots-clés: vertu, amour, manipulation, perversité, infidélité

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LES THEMES PRINCIPAUX DE MATHILDE

Un résumé propre de ce roman prendrait des pages et des pages. Je me concentrerai donc sur les thèmes principaux de Mathilde:

– le milieu aristocratique et ses codes

– le bien versus le mal

– l’amour et la fidélité

– la beauté versus la laideur

– la vérité et le mensonge

– la candeur versus le calcul

Si très souvent les éléments vont de pair, on ne saurait appliquer systématiquement une dichotomie parfois artificielle.

La crédulité de Mathilde doit être soulignée dans la mesure où elle ignore tout des codes dont chacun use en société, par là elle est sans défense, livrée aux beaux parleurs comme des individus dont la malveillance est sans limite. Elle va ainsi d’illusion en désillusion, à grand renfort de réactions fortement « lacrymales ».

Cette dualité demeurera prégnante tout au long du récit: le bien opposé au mal, une dichotomie certes très schématisée, mais dont la simplicité finale correspond aux poncifs du roman populaire.

 

En quoi Mathilde est un exemple représentatif du roman populaire

Eugène Sue brosse dans Mathilde la peinture des mœurs d’une époque. Il met en lumière un certain milieu aristocratique, au sein duquel les préoccupations des jeunes filles et de leur mère – ou de leur tante – sont l’amour, les bals, le mariage, la fidélité, la fortune, les sentiments. Pour l’héroïne, Mathilde, il s’agit surtout de la vertu; elle place la pureté morale comme un idéal. Mais les illusions s’estompent pour laisser place à la tromperie, la manipulation, le duel réparateur d’une offense.

On retrouve régulièrement l’opposition entre Mathilde, qui incarne le bien, et sa cousine Ursule, qui représente le calcul, l’immoralité, la séduction… Cette dualité apparaît en filigrane dès les premières pages; elle n’est cependant ni naturelle ni innée, mais travaillée, obtenue par de laborieuses et systématiques démarches de sabotage affectif perpétrées par la tante de Mathilde, Mademoiselle de Maran.

Les motifs épistolaire et diariste abondent tout au long du récit. leur importance quantitative n’en est pas moins qualitative, dans la mesure où ces motifs donnent des informations essentielles à la compréhension du récit ou de la personnalité de tel ou tel personnage.

Par là, le fond et la forme s’entremêlent de façon significative. La curiosité que le feuilleton éveille chez le lecteur prend toute sa légitimité. Il s’agit fondamentalement d’atteindre la sensibilité du lecteur, c’est pourquoi notamment l’action prévaut dans le récit est facile à lire, en effet sa lecture est guidée par la structure en deux parties, puis en tomes et chapitres: chacun possède un titre qui facilite d’autant la compréhension de l’intrigue.

Les rebondissements sont très nombreux, de surcroît ils sont souvent le résultat de la lecture d’une lettre, d’un journal intime… On note à ce propos que la répétition formelle ou en terme de fond est un trait propre au roman populaire. Pour Daniel Couégnas, dans le roman populaire, « les choses répétées plaisent ». Par ailleurs à chaque fois que le bonheur de Mathilde semble acquis, une nouvelle péripétie met à mal sa pérennité. On peut dire par là que Mathilde, mémoires d’une jeune femme, par les poncifs qu’il emploie, est bien représentatif de la littérature populaire.

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