Analyse du Horla – la suite

Voici les deux dernières pistes de réflexion* que je propose suite à ma relecture du Horla:

  • La question du fantastique
  • Quelques mots sur la ponctuation

 

La question du fantastique

Pour Todorov, « le fantastique, c’est l’hésitation éprouvée par un être qui ne connaît que les lois naturelles, face à un évènement en apparence surnaturel » (TODOROV, Tzvetan, Introduction à la littérature fantastique, éditions du Seuil, p.29).

Le narrateur du Horla, nous l’avons vu, est en proie à cette hésitation, cette incertitude.

Ne convient-il pas, dès lors, de noter que ce que Maupassant nomme « conte d’angoisse » relève davantage ou plus précisément de la nouvelle fantastique? En effet, le Horla remplit bien les conditions mentionnées dans l’essai de Todorov.

Si Todorov souligne l’ambiguïté face à laquelle se trouvent les personnages de nouvelles fantastiques, il poursuit: « celui qui perçoit l’événement doit opter pour l’une des deux solutions possibles: ou bien il s’agit d’une illusion des sens, d’un produit de l’imagination et les lois du monde restent alors ce qu’elles sont, ou bien l’évènement a véritablement eu lieu, il est partie intégrante de la réalité, mais alors cette réalité est régie par des lois inconnues de nous. » Or pour Todorov, c’est dans cette brèche où se tapit l’incertitude que le fantastique se manifeste.

Dans le Horla, le narrateur ne cesse de s’interroger, de douter, de tout remettre en question, sa perception, ses croyances, ses actes et ce, jusqu’à son geste des plus fous, à la fin du récit…

 

La ponctuation: une brève typologie

A la lecture du Horla, nous observons l’emploi répété des points d’exclamation, d’interrogation mais aussi de suspension. En voici des exemples particulièrement significatifs:

  • Les points d’exclamation
    • « ah! je ne savais plus par où j’étais venu! Bizarre idée! Bizarre! Bizarre idée! » p.59;
    • « On avait bu toute l’eau! On avait bu tout le lait! Ah! Mon Dieu! » p.63;
    • « Je cueille des fraises et je les mange! Oh! mon Dieu! Mon Dieu! Mon Dieu! Est-il un Dieu? S’il en est un, délivrez-moi, sauvez-moi! secourez-moi! Pardon! Pitié! Grâce! Sauvez-moi! Oh! quelle souffrance! Quelle torture! Quelle horreur! » p.73.
    • « Ils sont quatre, rien que quatre, ces pères nourriciers des êtres! quelle pitié! Pourquoi ne sont-ils pas quarante, quatre cents, quatre mille! Comme tout est pauvre, mesquin, misérable! avarement donné, sèchement inventé, lourdement fait! Ah! l’éléphant, l’hippopotame, que de grâce! Le chameau que d’élégance! » p.78
  • Les points d’interrogation
    • « On avait donc bu cette eau? Qui? Moi? Moi, sans doute? Ce ne pouvait être que moi? » p.62;
    • « Mais, est-ce moi? Est-ce moi? Qui serait-ce? Qui? Oh! mon Dieu! Je deviens fou? Qui me sauvera? » p.62;
    • « Pourquoi? » p.72;
    • « Qui habite ces mondes? Quelles formes, quels vivants, quels animaux, quelles plantes sont là-bas? Ceux qui pensent dans ces univers lointains, que savent-ils plus que nous? Que peuvent-ils plus que nous? Que voient-ils d’autre que nous ne connaissons point? » p.74;
    • « Le tuer, comment? puisque je ne peux pas l’atteindre? Le poison? mais il me verrait le mêler à l’eau; et nos poisons, d’ailleurs, auraient-ils un effet sur son corps imperceptible? Non… non… sans aucun doute… Alors? … alors?… » p.80
  • Les points de suspension
    • « j’ai peur… de quoi?… Je ne redoutais rien jusqu’ici… j’ouvre mes armoires, je regarde sous mon lit; j’écoute… j’écoute… quoi?… » p.57;
    • « J’ai vu… j’ai vu… j’ai vu! … Je ne puis plus douter… j’ai vu!… J’ai encore froid jusque dans les ongles… j’ai encore peur jusque dans les moelles… j’ai vu! … » p. 70;
    • « Il est venu, le … le … comment se nomme-t-il… le … il me semble qu’il me crie son nom, et je ne l’entends pas… le … oui… il le crie… J’écoute… je ne peux pas… répète… le … Horla… J’ai entendu… le Horla… c’est lui… le Horla… il est venu!… » p. 76-77;
    • « Non… non… sans aucun doute, sans aucun doute… il n’est pas mort… Alors… alors… il va donc falloir que je me tue moi!… » p.82

Ces signes marquent à la fois la peur et l’état de confusion mentale dans laquelle se trouve le narrateur.

A travers la ponctuation, le rythme du récit devient de plus en plus rapide – comme une respiration haletante -, et par-là même, de plus en plus oppressant.

 

*Je tiens à préciser qu’il s’agit réellement ici de pistes de réflexion, et non d’analyses développées de manière approfondie. Si leur finalité est bien de proposer quelques axes, à vous, lecteurs, de les suivre à la lumière du récit – ou pas. 🙂

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