Archives mensuelles : mars 2020

Le mot du lundi : antonomase

Bonjour !

Commençons par parler d’un homme misanthrope, qui se terre loin du monde et, de fait, ne parle à personne.

La référence à Molière ne vous a pas échappé, mais n’avez-vous rien remarqué d’insolite ?

C’est là que j’interviens !

Le procédé employé ici se nomme antonomase. Il s’agit en somme d’employer un nom propre comme un nom commun.

Voyons la définition du Petit Robert, qui précisera notre propos : « trope qui consiste à désigner un personnage par un nom commun ou une périphrase qui le caractérise, ou, inversement, à désigner un individu par le nom d’une personne dont il rappelle le caractère typique ».

Exemple : employer « harpagon » pour parler d’un avare.

On peut aller plus loin : j’ai consulté le Petit Bon Usage de la langue française (GREVISSE, De Boeck Supérieur, 2018) et voici ce que j’ai découvert, qui dépasse grandement la littérature :

Parler de « kleenex » pour mouchoir en papier, de « frigidaire » pour armoire frigorifique ou encore de « scotch » pour ruban adhésif est quelque chose d’extrêmement commun. Ce sont tous des antonomases.

Un conseil : relisez Molière, ses œuvres sont truffées d’antonomases…

Petit point d'orthographe

Vous hésitez toujours lorsque vous voulez écrire « balade »/ »ballade » : un « l » ou deux « l » ?

Comme vous, je me suis souvent interrogée. Jusqu’à ma rencontre avec le Lexique des termes littéraires (JARRETY, sous la dir. de, Libraire Générale Française, 2001).

Alors retenez que « ballade » vient de « baller », qui signifie danser. Il s’agit initialement d’un genre poétique du Moyen-Âge, « né de la chanson à refrain ».

À ne pas confondre avec son homonyme, « balade », qui signifie « promenade ».

Bonne journée et écoutez des ballades à défaut de pouvoir vous balader…

Le mot du lundi : amphibologie

Le mot amphibologie est un substantif féminin.

Quelle que soit l’acception considérée, linguistique, rhétorique, philosophique, on retient essentiellement qu’il s’agit là d’un double sens, a priori dû à une maladresse, voire dû à un choix stylistique.

Son synonyme le plus proche : ambiguïté.

Voici l’exemple proposé par le Cnrtl : louer une maison. On peut en effet louer une maison en tant que locataire, ou en tant que propriétaire de la maison. Cela dépend du point de vue, mais surtout du contexte.

Exemple tiré du Larousse : les magistrats jugent les enfants coupables. Ici, soit les magistrats ne jugent que les enfants coupables, soit ils jugent tous les enfants comme coupables.

Qu’en est-il de l’étymologie ? Si pour le Larousse le terme amphibologie vient du grec amphibolos (ambigu) et logos (discours), le Petit Robert évoque quant à lui un terme formé du grec amphi (double) et ballein (lancer).

À retenir, donc : l’idée d’un double sens.

Bonne soirée !

Pluralia tantum

Bonjour, bonjour !

Savez-vous ce que signifient ces termes latins ? (Attendez, je dégaine mon Gaffiot). Cette expression signifie littéralement « au pluriel uniquement ». Pour aller plus loin dans votre réflexion, voici un lien très qualitatif :

Lammert Marie, « Les pluralia tantum sous l’angle du collectif », Langue française, 2015/1 (n° 185), p. 73-84. DOI : 10.3917/lf.185.0073. URL : https://www.cairn.info/revue-langue-francaise-2015-1-page-73.htm

Pluralia tantum, vous l’avez compris, mais il n’est jamais superflu de répéter (relire BOILEAU au passage, notamment la partie relative à l’ouvrage sur le métier), regroupe ainsi des mots dont la seule existence est au pluriel.

Citons par exemple : les alentours, les représailles, les funérailles…

Je ne puis que vous enjoindre à profiter du confinement pour vous abonner à mon blog et à « liker » mes articles hyper pertinents et pointus ;).

Sur ce, prenez soin de vous, restez chez vous !

E.T.A. HOFFMANN, Maître Puce

E.T.A. HOFFMANN, Maître Puce

Résumé

Publié en 1822, ce conte est divisé en sept aventures. Les thèmes sont annoncés au début de chaque aventure.

On est au début du XIXe siècle. Le personnage principal, Peregrinus Tyss, est un homme rêveur, timide, effrayé par les femmes. Une rencontre pourtant va bouleverser sa vie…

Mais au fait, qui est donc Maître Puce, personnage éponyme ? C’est le roi des puces, peuple minuscule qu’un spectacle met en scène habillé et paré de vêtements et accessoires à la mesure de ses sujets. Caché sur l’épaule de Tyss, Maître Puce lui permet un jour, via un miroir grossissant, de lire dans les pensées d’autrui…

Pistes de réflexion

Les thèmes sont nombreux, se mêlent et s’entremêlent, tant le tissu narratif est riche.

Nous suggérons :

  • le rapport réel versus imaginaire, rêve, fantasmagorie ;
  • l’humour, le désopilant ;
  • une typologie des personnages telle que celle établie par Philippe Boutibonnes, dans son essai « Bestioles, monstres et revenants » (voir bibliographie) :
    • « Hommes simples ou duels, accouplés à des figures sans âge ;
    • Les génies, tel Puce, intermédiaires entre le monde animal et celui du songe ou du fantasme ;
    • Les revenants, hommes autrefois illustres, morts depuis un siècle ou davantage, et qui reviennent habiter l’espace des vivants ;
    • Les bêtes invisibles, enfin, et leur double excessivement grossi et projeté, non moins virtuelles que les fantômes. »

À cette typologie s’ajoute la figure du lecteur, une piste de réflexion que j’ai choisi de développer rapidement.

La figure du lecteur dans Maître Puce

L’incipit, avant lequel figure le sous-titre de la première aventure (« où le lecteur apprend les évènements essentiels de la vie de M. Peregrinus Tyss », p.29) donne le ton : la figure du lecteur s’y esquisse déjà.

D’emblée, la situation, sur laquelle s’ouvre le récit, est ambiguë. Car si le narrateur met en place une certaine distance par rapport au texte, comme si le texte ne dépendait pas totalement de lui, il impose en même temps une intrusion très forte.

Le phénomène de distanciation repose sur l’attitude du narrateur face au texte. En même temps qu’il narre l’histoire, il introduit des éléments sur le texte lui-même : page 125-126 « (…) la parure propre de ce conte (…). » ; « Tous les documents authentiques et dignes de foi dans lesquels nous avons puisé cette curieuse histoire (…). » (p.190-191).

Le narrateur interroge des notions. Il met aussi en place une forme de jeu. Outre le lecteur, le narrateur évoque l’auteur et jusqu’à l’éditeur. Les notions s’entrecroisent alors. Ainsi, page 29, nous relevons les phrases suivantes :

« Il était une fois…  Mais quel auteur oserait encore attaquer ainsi son récit ! « Démodé… Ennuyeux ! … » s’écrierait aussi le sympathique, ou plutôt l’apathique lecteur, qui suivant le sage conseil de l’antique poète romain désire être plongé sans délai medias in res. Il aurait en effet l’impression… » ;

« Notre auteur, dis-je, étant donné que tout homme de lettres écrit avant tout pour être lu, s’en voudrait de priver le lecteur de la joie d’être effectivement son lecteur… » ; page 45 « Il est rare qu’un écrivain sache décrire avec bonheur au lecteur l’aspect de quelque belle personne intervenant dans son histoire (…) ; il trouve bien préférable de la lui livrer sans tout ce fatras de détails. » La figure de l’éditeur apparaît page 131 :

« Peut-être l’éditeur de ce conte étrange intitulé Maître Puce trouvera-t-il un jour l’occasion d’extraire et de diffuser certains passages de ce journal dignes de passer à la postérité ; mais les relater ici ne ferait que retarder notre récit et serait en conséquence malvenu aux yeux de notre ami lecteur. »

Le narrateur parsème le texte de commentaires, et ce, sans parcimonie. Il semble se soucier de la bonne compréhension du lecteur. Par exemple, page 31 :

« Avant d’aller plus loin, il apparaît indispensable de mettre le bienveillant lecteur en garde contre les graves erreurs d’interprétation qu’il pourrait commettre si l’auteur poursuivait ainsi son récit à tort et à travers en oubliant que, s’il sait pour sa part à quoi s’en tenir au sujet de cet étalage de cadeaux, le lecteur, quant à lui, aimerait bien apprendre ce qu’il ignore. »

Le narrateur apporte aussi des conseils au lecteur : « L’auteur prie son aimable lecteur, si d’aventure il n’est pas très versé en jargon juridique (et cette prière s’adresse tout particulièrement à ses charmantes lectrices), de se faire expliquer ce passage (…). » (p. 6)

Il se met par ailleurs dans la peau du lecteur. À la fois narrateur et lecteur, il est celui qui manie les mots et les entités. Il s’interroge sur la connaissance des faits de la part du lecteur, mais le projette également dans le futur, montrant ainsi sa pleine conscience, sa maîtrise du conte. Par exemple, page 56, nous relevons cette phrase dont le verbe est au futur : « (…) Georges Pepusch, avec lequel le lecteur fera bientôt plus ample connaissance (…). »

En tant qu’auteur, il parle de lui-même : « Mais cette histoire étrange et fantastique entre toutes n’attirerait que peu de remerciements au modeste conteur que je suis si, observant la raideur du romancier qui se pavane au pas de parade à travers son sujet, il ne pouvait s’abstenir ici d’engendrer à satiété chez son lecteur cet ennui qui émane inévitablement de tout roman qui se respecte. »

Il revient sur le texte, prête des propos ou des pensées au lecteur. Ainsi page 186 : « Or, notre ami lecteur a depuis longtemps deviné (…). »

Si le narrateur semble se confondre avec l’auteur, si les frontières sont floues entre les notions, cela nous amène toutefois à la construction finement élaborée d’une figure du lecteur.

Dès lors, il convient de s’interroger : comment l’auteur procède-t-il précisément envers le lecteur ? Quels moyens déploie-t-il ?

La dénomination « notre ami lecteur » prédomine. On relève de nombreuses occurrences de l’adjectif possessif « notre », ce qui instaure une forme de familiarité entre les figures. Ceci est renforcé par l’emploi du substantif « ami » et de l’adjectif « cher », ce dernier présentant une certaine connotation affective (voir pages 78, 95, 103, 122, 179, 200).

Les interpellations sont également nombreuses : « Eh bien non, cher lecteur ! »

Le narrateur multiplie les précautions oratoires à destination du lecteur. Ainsi, page 200 « Notre ami lecteur nous épargnera certainement la description (…). » ou encore, page 103 « Je crois qu’il serait opportun d’interrompre ici la conversation de nos deux amis (…), pour apporter à notre ami lecteur quelques précisions (…). ».

Il convient d’observer les verbes. Page 95, le lecteur « sait déjà » ; page 78, il a « déjà compris » ; page 122, il « se souvient ». Par ces mots, le narrateur semble amadouer le lecteur en mettant ses connaissances et ses capacités en exergue.

Ces éléments confirment les observations faites plus haut : il s’agit d’attirer l’attention du lecteur pour le séduire, et tous les moyens sont permis, même une forme de moquerie. On parle alors de captatio benevolentiae. Ce procédé rhétorique vise essentiellement à provoquer la sympathie du lecteur.

L’humour, dont les péripéties sont déjà empreintes, n’est pas en reste textuellement : le ton employé, les remarques indirectement destinées au lecteur confèrent des notes résolument humoristiques au récit.

On a vu en quoi le narrateur s’appropriait le texte. Dès lors, à qui s’adresse réellement l’auteur, sinon à un lecteur supposé ? À travers la figure du narrateur, il emploie ou plus précisément déploie tous les moyens à sa portée pour capter l’attention du lecteur, le séduire, voire même parfois le piquer.

Mais finalement, où mènent ces tentatives de séduction ? Car comme dans tout récit, le lecteur, sorte d’entité abstraite, demeure définitivement des plus insaisissables.

Le mot du lundi : térébrer

Bonjour ! Aujourd’hui j’ai choisi de vous parler du verbe térébrer.

Il s’agit d’un verbe transitif.

Tout d’abord, térébrer signifie « percer, perforer avec une tarière ou un instrument similaire », mais dans cette acception le verbe est vieilli. À titre indicatif, une tarière est un instrument destiné à faire des forages dans le sol.

Par analogie, il s’agit de « provoquer une douleur térébrante de nature ou d’origine physique ».

Au figuré, térébrer signifie « provoquer une violente douleur de nature morale ».

J’ai choisi comme synonyme le verbe « tarauder » qui me semble le terme le plus proche au sens figuré.

Mais quelle est l’étymologie de térébrer ? Ce terme vient du latin terebrare, qui signifie « percer avec la tarière, avec un trépan ». Le terme terebrare est lui-même dérivé de terebra, « tarière, foret, vrille » (Cnrtl). À retenir : l’idée de percer (Littré).

Bonne soirée !

Le mot du lundi : diapré

Aujourd’hui j’ai choisi un mot que je ne connaissais pas – mais qui me semble bien ordinaire et par conséquent connu de tous… – et que j’ai rencontré dans Maître Puce de E.T.A. HOFFMANN (un conte incroyable fini samedi soir et dont je vous parlerai ultérieurement). Il s’agit du participe passé diapré du verbe diaprer.

Selon le Littré, la définition est « marqué de couleurs diverses ». Le Petit Robert est plus nuancé : « de couleur variée et changeante » ; enfin le Petit Larousse introduit le terme « chatoyant ».

Ce terme vient de l’ancien français « diaspre », qui signifie « drap à fleurs ».

Ce post s’achève sur une citation de MILLEVOIX (1782-1816), découverte sur le site du Littré et que j’estime éminemment poétique :

« Quatre lutins à l’aile diaprée

Sont les coursiers de son char nébuleux »

Le mot du lundi : écholalie

Aujourd’hui, je vais me concentrer sur le substantif féminin écholalie.

Quelques mots sur son étymologie : ce terme vient du grec « écho » auquel est accolé le suffixe -lalie (« lalein ») qui signifie « parler ».

Signification : il s’agit de la répétition automatique, machinale, par un sujet, des paroles – mots ou phrases – et souvent des chutes de phrases que vient de prononcer son interlocuteur.

Sources : le site du Cnrtl, Le Petit Robert

Petit point d’orthographe

Le nom commun « délice » est masculin au singulier (un délice) mais féminin au pluriel (de grandes délices).
Mais ce n’est pas tout, après « un de », « un des » et « le plus grand des », il reste masculin (le plus grand des délices).
Ils sont plusieurs dans ce cas : « amour » et « orgue » fonctionnent de la même manière.

Bon dimanche !