Archives mensuelles : mai 2020

Le saviez-vous ? « mot-valise »

Le mot composé mot-valise a été inventé par Lewis Carroll (1832-1898). Il s’agit du calque de l’anglais portmanteau word (Le Petit Robert).

Un mot-valise est un terme néologique fabriqué en rassemblant par leurs éléments communs deux mots différents (Michel Jarrety).

Voici pour exemple un vers de Jules Laforgue : « s’y crucifige » = « s’y crucifie » + « s’y fige ».

« Yeux des portraits ! Soleil qui, saignant son quadrige,

Cabré, s’y crucifige ! »

Plus récemment, nous pouvons citer le terme « courriel », formé des termes tronqués « courrier » et « électronique ».

Bonne soirée !

1, 2, 3… ou une façon astucieuse d’amorcer un article de presse

Voici quelques extraits de magazines féminins en ligne :

« Jeans 2020 : quelles sont les 5 tendances denim à adopter d’urgence cette saison ? » (Biba, 11/05)

« Tendance mode : 10 robes à la longueur mini qui font un effet maxi » (Glamour, 12/05)

« 20 robes imprimées à adopter pour les beaux jours » (Elle, 22/05)

« 40 maillots de bain une pièce à adopter cet été » (Cosmopolitan, 20/05)

« 21 carrés courts pile poil dans la tendance » (Grazia, 20/05)

« Dix micro-changements à faire pour avoir une meilleure hygiène de vie » (Madame Figaro, 22/05)

« 7 produits de beauté qui protègent les abeilles » (Vogue, 20/05)

« 11 success stories qui ont démarré dans un garage ». (L’Officiel de la mode, 14/05)

Vous avez saisi le point commun entre ces exemples de titres d’articles ?

20, 7, 40, 21…

OK, les chiffres semblent plébiscités dans la presse féminine, mais pourquoi ?

Si tous les articles sont essentiellement hiérarchisés, un article dont le titre contient des chiffres arabes évoque un côté méthodique et simplifié à la fois. Souvent l’article en lui-même se démarque par l’emploi de numéros ou de puces, comme esquissé dans son titre. La lectrice sait à quoi s’attendre, elle sait d’emblée comment l’article sera mené. Elle peut le lire en diagonale, les photos à l’appui parlant d’elles-mêmes. Elle peut aussi ne pas le lire du tout, mais faire simplement défiler les photos, en scrollant ou en cliquant sur une flèche par exemple. Qu’il y ait 10 ou 20 photos. Par ailleurs, la graphie en chiffres arabes saute aux yeux. Elle accroche. Et le but est atteint. 😉

Le mot du lundi : vaticination

Vaticination, substantif féminin, est à la fois un terme littéraire et un latinisme peu usité.

Ce terme renvoie à deux acceptions très proches :

  1. fondamentalement, il s’agit d’une action de prophétiser. Ses synonymes sont « oracle », « prophétie » et « prédiction » ;
  2. la seconde acception introduit une note péjorative : vaticination signifie alors « prédiction emphatique ou prétentieuse ». Le Petit Larousse va plus loin en le désignant comme une « prophétie rabâchée et pompeuse ».

Dès lors, qu’en est-il de son étymologie ?

Vaticination provient du latin vaticinatio, « action de prédire l’avenir ».

C’est un dérivé du verbe vaticinari, « vaticiner ».

Pour Le Petit Robert, « vaticiner » signifie s’exprimer dans une sorte de délire prophétique.

Si vous ne deviez retenir que quelques mots, les voici : prophétie d’une part, auxquels s’ajoutent confusion et prétention d’autre part.

Mes sources : Cnrtl, Le Petit Robert, Le Petit Larousse.

Très bonne journée à vous !

Dada, toc, tic ?

La pratique courante de la surenchère serait-elle une manie commune aux journalistes de la presse féminine ?

Je fais allusion à leur prédilection pour l’emploi du superlatif.

Ainsi, dans le Vogue en ligne du 18 mai, on relève « les plus belles photos de Capri qui vous font rêver d’Italie » ; « la plus iconique des îles italiennes » ; sur le site, le 15 mai, on souligne aussi « les plus belles maisons à louer en France cet été », et sur le site du Elle, le 29 avril, « Voici les pièces mode les plus populaires du moment » ; enfin sur le site de L’Officiel de la mode : « on a trouvé le top de l’été le plus populaire ». Les exemples foisonnent.

Le superlatif renvoie à l’intensité la plus élevée qui caractérise une qualité exprimée par un adjectif.

Outre le superlatif d’infériorité (le moins + adjectif + de), on distingue deux sortes de superlatifs :

  1. Le superlatif absolu

On emploie un adverbe d’un degré très élevé comme « très », « fort », « extrêmement », suivi d’un adjectif.

Des adjectifs évoquent eux-mêmes, intrinsèquement, le superlatif, comme « superbe », « magnifique », « exceptionnel ».

On souligne également préfixes et suffixes liés au superlatif absolu, soit les préfixes « ultra », « extra », « archi », « super », « hyper ». Par exemple, sur le site de Elle, le 21 mai, Claudia Schiffer est qualifiée de « supermodel ».

Quant au suffixe en corrélation avec le superlatif absolu, il s’agit de -issime (richissime, rarissime, etc.), dérivé de l’italien.

2. Le superlatif relatif de supériorité

Il se forme ainsi : article défini + le plus + adjectif + de ; le complément du superlatif est introduit par la préposition « de ».

Les exemples cités plus haut relèvent tous du superlatif relatif.

Le superlatif exprime ainsi l’excès, l’exagération, voire l’outrance : vous êtes la plus belle avec cette crème ; voici les plus belles plages sur lesquelles vous bronzerez cet été ; le plus beau jour de votre vie…

Les magazines féminins n’ont-ils pas pour rôle, entre autres, de faire rêver leur lectorat ? Dès lors, nulle tournure n’est trop belle pour présenter ce qu’il y a de plus beau. Par ailleurs, le meilleur, le sublime font d’autant plus rêver qu’ils ne sont pas forcément à la portée des lectrices.

Passez une bonne journée !

Un mot en vogue : le « vamping »

Bonjour !

Sur le Glamour en ligne du 14 mai dernier, j’ai remarqué un terme qui ne m’était pas familier ; il s’agit du vamping.

Sur le site, la phrase elle-même, « Souffrez-vous de vamping, l’insomnie des hyperconnectés ? », nous en donne la définition.

Par ailleurs, il s’agit là d’un mot-valise, formé du mot français « vampire » et du mot anglais texting, qui se rapporte au fait d’envoyer des textos. Le terme « vampire » quant à lui, outre l’idée d’un être suceur de sang, évoque à la fois la dépendance et l’avidité.

Toutefois, « vampiriser », selon le Petit Robert, c’est « vivre de la substance de quelqu’un qu’on a mis dans une totale dépendance ». Or là, les personnes hyperconnectées se vampirisent elles-mêmes. Nuance à souligner d’un point de vue plus linguistique.

À retenir : le vamping est ainsi une forme de maladie ou plutôt de trouble moderne qui, de surcroît, ne risque pas de s’amenuiser en cette période troublée (confinement, déconfinement).

Passez une bonne journée, lisez la presse !

Le mot du lundi : amphigouri

Bonjour !

Le terme d’aujourd’hui est amphigouri ; un terme qui d’emblée interroge. J’ai donc consulté plusieurs documents afin d’en cerner la signification : le Petit Robert, le Petit Larousse, le Littré et le Cnrtl.

Il ressort de ces sources plusieurs éléments :

  • ce substantif masculin peut être un écrit ou un discours ;
  • amphigouri renvoie à l’idée de confusion ;
  • on relève dans ces définitions les adjectifs « burlesque » (Le Petit Robert), « confus » (Cnrtl), « inintelligible » (Le Petit Larousse) ;
  • sont évoqués les termes « incohérence » et « galimatias ». Or « galimatias » signifie bien « embrouillé », « confus », « incompréhensible ».

Ainsi, amphigouri est un écrit ou un discours dépourvu non seulement d’ordre mais aussi de sens : il ne signifie rien, ce indépendamment, ou non, de la volonté du locuteur.

Par ailleurs, malgré quelques hypothèses relatives à son étymologie, l’origine de ce terme demeure inconnue.

Passez un bon lundi !

Le saviez-vous ? « par contre »

Bonsoir,

Je me contenterai de quelques lignes ce soir. Car, vous le savez peut-être, l’usage de la locution adverbiale « par contre » est controversé ; on la remplace communément par la locution « en revanche ». Par exemple, j’ai travaillé pour une maison d’édition où il fallait traquer les « par contre » pour employer systématiquement « en revanche » à la place.

Si l’on effectue quelques recherches, ces deux notions s’avèrent non interchangeables. Tandis que la première (par contre) évoque l’idée d’opposition, la seconde (en revanche) joue davantage sur l’idée de contrepartie. Subtil.

Je vous en dis plus dès que mes recherches sont parfaitement au point.

Passez une bonne soirée !

Le mot du lundi : épigone

Bonjour !

Aujourd’hui j’ai envie de définir le terme épigone, substantif masculin, découvert en feuilletant le … dictionnaire, encore une de mes activités préférées. 🙂

Épigone est emprunté du grec Ἐπίγονος (epigonos), « né après, descendant », composé de ἐπὶ (epi-), « sur » et γόνος (gonos), « descendant ».

Si ce terme renvoie dans la mythologie grecque aux descendants de sept chefs tués devant Thèbes, il désigne aussi, au sens figuré, une personne appartenant à la deuxième génération d’un mouvement philosophique, littéraire, artistique, soit, empreint d’une nuance péjorative, un « successeur, imitateur ».

(Sources : Littré, Académie française, Le Petit Robert, Le Petit Larousse)

Les 5 mots de la presse féminine

Bonjour !

Voici quelques termes rencontrés sur des sites de magazines féminins : control-freak, upcycling, workout, live action et baby boomers nails.

Sur le site du Biba du 4/05 : « Car votre amant est encore plus « control-freak » que vous […] ».

Ce terme qui est un emprunt à la langue anglaise désigne une personne organisée à l’extrême et qui cherche à tout contrôler autour d’elle.

Toujours sur le site de Biba : « La tendance de l’upcycling est, elle, plus récente et commence à faire du bruit jusque dans nos dressings ».

Plus loin, nous apprenons qu’il s’agit de surcyclage, soit une activité « qui consiste à transformer un produit pour lui donner une seconde vie en le détournant de son usage premier ».

J’ai trouvé le terme workout sur le site du Vogue de 4/05 : « Et si on s’offrait une séance de workout vintage avec Cindy Crawford ? »

Il s’agit là de s’entrainer, faire des exercices.

Sur le site du Vogue du 5/05, j’ai relevé le terme live action : « Hercule va être adopté en live action par Disney + ».

Live action est un anglicisme signifiant « prise de vue réelle ».

Enfin, c’est sur le site de Grazia que j’ai découvert le dernier terme, baby boomers nails : « Tendance manucure : les baby boomers nails ».

Dans le domaine de l’esthétique, baby boomers nails s’apparente à la french manucure, mais réinventée. Cette technique de nail art se distingue par des teintes fondues plutôt que le trait blanc franc de la french manucure.

Rapide observation

Les anglicismes foisonnent dans la presse féminine, et encore je ne vous ai pas parlé de make-up, bankable, lifestyle, arty, fashion week, oversize et autres emprunts dont on ne cherche même plus la traduction.

Si je ne suis pas tout à fait (quoiqu’un peu puriste) de ceux ou celles qui fustigent systématiquement le recours à l’anglais, je trouve tout de même certains termes exagérés, et j’irais jusqu’à qualifier des articles totalement ridicules. Certes la langue doit évoluer, car la société elle-même évolue et la langue doit pouvoir rendre compte des réalités successives sémantiquement, mais de là à accumuler les mots anglais jusqu’à friser « l’overdose »… 😉

À suivre…

Le mot du lundi : euphuisme

Aujourd’hui j’ai choisi un terme qui figurait dans le dictionnaire de l’Académie française, édition 8, mais qui en a été retiré dans la version 9 : il s’agit d’euphuisme. Encore un nom hors du commun me direz-vous ! Pour moi qui m’intéresse à la littérature précieuse, ce mot tombe à pic !

Euphuisme est un substantif masculin issu du grec ευϕυης, « euphues » (élégant, de bon goût).

D’où vient l’essor de ce terme et de quelle époque date-t-il ? Il apparaît en littérature dans le roman Euphus de l’anglais J. Lyly en 1578.

On nomme euphuisme un langage maniéré, affecté et si précieux qu’il en devient outré ; il était très en vogue à la cour d’Angleterre sous Elisabeth 1re. Ses synonymes, gongorisme et marinisme, proviennent respectivement d’Italie et d’Espagne. Ces esthétiques précieuses sont quasiment contemporaines de l’euphuisme.

On emploie euphuisme encore aujourd’hui lorsque l’on évoque un style affecté.

Bonne soirée !