Victoria MAS, Le Bal des folles

Le roman s’ouvre in medias res : après avoir succinctement daté le récit (8 mars 1885), l’auteur fait commencer l’action d’emblée, par le réveil d’une jeune fille, Louise.

Dès lors, si le lecteur peut s’interroger, l’histoire qui se déploie saura répondre rapidement à moult questionnements.

Ainsi, qui est Louise ? Où se trouve-t-elle ? À quoi se prépare-t-elle ?

Et qui est cette femme qui la réveille ? Quel rôle jouera-t-elle dans le roman ?

Si le premier chapitre n’évoque pas tous les personnages principaux, il n’en pose pas moins les jalons d’une histoire au premier abord étrange, dérangeante, puis dure, dépourvue de chaleur humaine.

Charcot et la Salpêtrière

On est donc en 1885. Louise, jeune « aliénée », est internée à la Salpêtrière.

Cet hôpital renferme une multitude de femmes dites hystériques, ou épileptiques, voire idiotes, rejetées par leurs familles respectives.

Louise est l’une d’elles, et lorsqu’une infirmière, Geneviève, vient la réveiller, c’est pour l’accompagner dans un amphithéâtre bondé, auprès du neurologue Charcot. Ce dernier procède à des expérimentations publiques sur ses patientes dans un but médical, celui de faire progresser l’approche psychiatrique. Ses méthodes n’en sont pas moins choquantes. Après avoir hypnotisé sa patiente, il lui fait accomplir certains gestes et mouvements puis la plonge dans une crise d’hystérie impressionnante. Rassemblé dans la salle, le Tout-Paris ne manquerait pas ces séances d’exhibition.

Portraits

Trois personnages se détachent, que nous pouvons considérer comme personnages principaux : Louise et Geneviève dont nous avons déjà parlé, et Eugénie.

  • Louise

Louise doit sa présence à cause d’un traumatisme subi durant l’enfance.

Le premier chapitre la met d’emblée en scène.

Être choisie par Charcot pour ses séances d’hypnose relève d’une sorte de consécration : « C’est son moment de gloire et de reconnaissance » (p. 13). La fascination qu’exerce le célèbre médecin sur Louise est étonnante, tant elle s’y raccroche, évoquant sans cesse Augustine, qui fut l’objet d’étude du professeur Charcot.

  • Eugénie

Jeune femme de bonne famille, elle est considérée comme « déviante » parce qu’elle possède une particularité : elle ressent et voit la présence des morts. Lorsqu’elle l’avoue à sa famille, elle alors rejetée. Sa famille l’interne de force pour ensuite s’en désintéresser. Mais si pour son père, notamment, elle n’existe plus, en est-il de même pour tous les membres de sa famille ?

  • Geneviève

Geneviève n’est pas sur le même plan que les personnages précédents puisqu’elle est infirmière. Son rôle est d’encadrer les femmes internées, de veiller froidement sur elles, sans laisser s’exprimer quelque affect. Toutefois, en les réduisant à leur condition « d’aliénées », elle aussi laissera se dessiner les linéaments d’une faille jusqu’alors ineffable.

Plusieurs pistes pourraient être approfondies. Je pense notamment au rapport de force entre les femmes internées et les médecins, ou encore les infirmières.

Le classement des pathologies me semble également intéressant, notamment l’étiquette sous laquelle on regroupe les « hystériques ». Un service entier leur est dédié : le « service des hystériques » dont le but est de les contrôler et d’endiguer plus ou moins leur mal.

Enfin, l’enfermement est bien entendu un thème central dans le roman. Si l’enfermement physique est mis en exergue, il est aussi indiciblement psychologique. Et ce, pas seulement pour les « aliénées ».

Bonne lecture !

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