Archives mensuelles : août 2020

Le mot du lundi : (s’)emberlucoquer

Je vous l’avoue, mais peut-être l’aviez-vous observé, j’ai une certaine propension à choisir pour cette rubrique des mots déchus.

Aujourd’hui, ce sera un terme populaire, soit le verbe (s’)emberlucoquer.

Ce verbe, que je connais pour son apparition dans l’œuvre de Rabelais, figure dans peu de documents explicatifs, qu’ils soient en ligne ou imprimés. Il pose par ailleurs, on va le voir, un problème relatif à son caractère pronominal (pour rappel, les verbes pronominaux se conjuguent avec un pronom réfléchi « me, te, se, nous, vous ») ou non pronominal.

En effet, j’ai d’abord relevé la définition « embarrasser, troubler, remplir l’esprit de chimères », induisant qu’il ne s’agit pas là d’un verbe pronominal : absence de pronom réfléchi.

Pourtant selon d’autres sources, le verbe s’emberlucoquer semble être un verbe exclusivement ou plus précisément « essentiellement » pronominal. Ainsi dans le dictionnaire de l’Académie française de 1762, il est défini comme verbe pronominal réfléchi, terme populaire, signifiant « se coiffer d’une opinion, s’en préoccuper tellement, qu’on en juge aussi mal que si on avait la berlue ». Dans l’édition de 1798, il est notifié que ce verbe ne s’emploie qu’avec un pronom personnel.

Revenons à Rabelais. On trouve plusieurs occurrences de ce verbe dans son œuvre, notamment dans le livre I, chapitre VI :

« Ha, pour grace, n’emburelucoquer jamais vos esperitz de ces vaines pensées ».

En note de bas de page, il s’agit de « s’emplir la tête de chimères semblables à celles que les Moines ont accoûtumé de loger fous leurs capuchons de bures ».

Selon le Littré, s’emberlucoquer, verbe réfléchi, signifie « s’entêter d’une idée, s’attacher aveuglément à une opinion ».

Enfin, si son origine est inconnue, il pourrait être construit sur le terme embrouiller ou berlue, berlu, (hurluberlu) et coquer, coque, capuchon = s’encapuchonner de berlue, voir des choses qui ne sont pas.

Si cet article vous semble quelque peu sibyllin, voici ce que vous pouvez en retenir :

S’il y a controverse au sujet du caractère pronominal / non pronominal du verbe s’emberlucoquer / emberlucoquer, retenons qu’il s’agit d’un verbe familier, à l’origine inconnue, sinon fantaisiste. Retenons enfin la définition donnée par le Littré et citée plus haut : « s’entêter d’une idée, s’attacher aveuglément à une opinion ».

Bonne soirée !

Remarque : un article portant spécifiquement sur les verbes pronominaux suivra bientôt.

Thème – rhème : notions de linguistique

Bonjour !

Aujourd’hui je vous propose une une initiation à la linguistique.

En linguistique, il existe ce que l’on nomme la structuration thématique, un domaine auquel appartiennent les notions fondamentales qui nous intéressent aujourd’hui : le thème et le rhème.

Dans un acte d’énonciation, le thème (qui est souvent le sujet de la phrase, mais pas systématiquement) correspond à ce dont parle le locuteur. C’est un support notionnel, soit un élément référentiel.

Le rhème, c’est l’information relative au thème de l’énoncé. Il apporte une information nouvelle. Il est complémentaire du thème.

Exemple : dans l’énoncé « Apolline est arrivée », « Apolline » est le thème et « est arrivée » correspond au rhème.

Remarque : Il arrive que le thème soit aussi ce dont on parlait dans l’énoncé précédent. Il renvoie alors à une information ancienne, versus le rhème qui renvoie à une information nouvelle.

Passez une bonne journée !

Le mot du lundi : chape-chute

Bonjour !

Aujourd’hui je vais chercher à définir le terme chape-chute (graphie sans trait d’union pour l’Académie française) que j’ai rencontré dans les Fables de la Fontaine (livre IV) :

« Un villageois avait à l’écart son logis ; Messer loup attendait chape-chute à la porte. »

Dès lors, que signifie ce substantif féminin, supprimé de l’édition 9 du Dictionnaire de l’Académie française (mais qui était encore présent dans la huitième édition) ?

Pour le Littré, il s’agit d’une bonne aubaine due à la négligence, au malheur d’autrui ou à un accident. Aussi dit-on « attendre, chercher chape-chute ».

Ainsi la locution « chercher chape-chute », signifie « chercher l’occasion de profiter de la négligence ou du malheur de quelqu’un ».

Enfin (1) le verbe chape-chuter, s’il est peu usité ou inusité, est attesté par les dictionnaires du XIXè siècle. Il signifie alors « faire un léger bruit », « chuchoter, parler à voix basse ». Toutefois pour le Cnrtl, il y a là une confusion : ressemblance par la forme mais non par le sens.

Enfin (2), chape-chute provient de l’ancien français « cheoir ».

Bon lundi !

Un/une espèce de clown ?

Bonjour !

Le substantif espèce est féminin. C’est pourquoi, devant un nom masculin (et bien entendu devant un nom féminin) :

  • on ne dira pas « *un espèce de clown » ;
  • mais on dira « une espèce de clown ».

Petit truc pour s’en souvenir : remplacer le terme espèce par le terme « sorte ». En effet on dit « une sorte de » et non « *un sorte de ».

Il est toutefois important de noter que l’adjectif et le participe passé s’accordent avec le complément et non avec le terme espèce.

Exemples :

  • Une espèce de clown est sorti du chapiteau en titubant.
  • Une espèce de sorcière échevelée est entrée à l’improviste.

Bonne journée !

Les 5 mots de la presse féminine

Bonjour !

Aujourd’hui je vais vous parler de cinq, six termes de la presse féminine. Il s’agit du sleek bun, du fox-eyes make-up, du wokefishing, du catfish, de la pull through braid ainsi que de la box braid.

En dehors des concepts de wokefishing et du catfish, tous ces termes appartiennent au domaine de la beauté.

J’ai rencontré le terme sleek bun dans un article du Elle en ligne datant du 13 août dernier : il s’agit d’un chignon bas et porté plaqué sur le crâne.

Le fox-eyes make-up (Biba en ligne, 18 août 2020) est une nouvelle tendance dans le domaine du maquillage. Signifiant littéralement « œil de renard », cette tendance, qui consiste à étirer le regard, fait polémique. Elle rappelle en effet cette imitation bien connue et regrettable des yeux des asiatiques.

Dans le Grazia en ligne du 12 août, il est question de deux techniques de tresses, soit la pull through braid (fixée sur le cuir chevelu) et la box braid. Pour plus d’informations sur ces techniques capillaires, je vous invite à consulter le site du Grazia.

Passons aux deux concepts sociétaux.

Le wokefishing (Grazia en ligne, 18 août) repose sur le mensonge, il s’agit d’une « nouvelle façon de séduire avec des pensées politiques et sociétales que l’on ne pense pas réellement ». Ce concept inventé par la journaliste Serena Smith repose sur la contraction de « woke » (éveillé) et de « fishing » (harponner).

Ce terme fait écho au catfish, qui consiste à se faire passer pour celui/celle que l’on n’est pas en mentant sur son âge par exemple. Fausse identité, faux profil sévissent alors en ligne sur les réseaux sociaux. Sans parler de l’émission éponyme diffusée sur MTV.

À bientôt !

Le mot du lundi : salmigondis

Salmigondis est un substantif masculin.

J’ai découvert le terme salmigondis dans ma lecture du moment, La Cloche de détresse de Sylvia Plath :

« Chaque fragment de paysage n’avait aucun rapport avec le suivant.

            Quel salmigondis que le monde ! »

Que signifie exactement ce terme ?

  • le premier sens qu’il revêt est vieilli, il relève du vocabulaire de la cuisine. Il s’agit d’un ragoût composé de différentes viandes réchauffées (TLFi, CNRTL, Le Petit Robert, le Littré) ;

Notons toutefois en aparté que seul le Petit Larousse ne mentionne pas cette signification.

  • le second sens de salmigondis est familier et péjoratif. Le terme est au figuré :
  1. il s’agit d’un assemblage disparate, d’un mélange confus de choses ou de personnes.

Il se construit de la façon suivante : un salmigondis de + substantif pluriel.

Le Littré est plus précis : salmigondis se dit de choses qui n’ont ni liaison ni suite, de personnes réunies au hasard ;

2. il peut aussi être un ramassis d’idées, de paroles ou d’écrits formant un tout disparate et incohérent (synonymes : fatras, fouillis).

Enfin, l’étymologie de salmigondis ne me paraît pas très claire.

Pour le Petit Robert, ce terme est composé du radical sal, « sel » et peut-être de condire, « assaisonner ».

Selon le Littré, il pourrait s’agir du latin salgama, choses confites dans la saumure, et conditus, « assaisonné ». Toutefois le doute est permis et le Littré propose également salmis avec la syllabe gondis ou gondin qui serait de fantaisie.

Passez un bon lundi !

Moult, moults, moultes ?

Bonjour !

Voici le point lexical d’aujourd’hui, un terme que j’emploie à moult reprises !

Nous allons réfléchir à son usage en tant qu’adverbe et à son emploi lorsqu’il est suivi de termes spécifiques. Des exemples de ma plume (enfin de mon clavier) viendront les étayer.

Moult est un adverbe aux multiples acceptions. Sa signification générique, indiquée notamment par l’Académie française, est « beaucoup ».

Par ailleurs, ce mot d’ancien français est employé aujourd’hui « par affectation d’archaïsme ou plaisamment », pour « imiter le style très ancien » (Littré).

  • Il est alors utilisé comme adjectif défini signifiant « maint, plusieurs ».

Exemple : Après moult divertissement, il fallait songer à se remettre au travail.

  • Il peut également être pronom indéfini.

Exemple : Moult arrivèrent en retard tandis que quelques-uns, ponctuels, étaient déjà installés.

Quant à l’étymologie de ce terme, il s’agit du latin multum, « beaucoup ». Le Petit Robert fait d’ailleurs référence au terme « multitude », par extension.  

Notons que selon le Petit Larousse et le Littré, moult est parfois variable !

Pour plus de clarté, reprenons les différentes acceptions de moult en suivant le cheminement adopté par le CNRTL.

  • Verbe + moult : beaucoup, énormément

Exemple : Elle étudie moult pour réussir ses examens.

  • Moult + adjectif : bien, fort, très

Exemple : Ce jeu est moult divertissant !

  • Moult + substantif au pluriel : beaucoup de, en grand nombre

Exemple : À cause de moult incidents, la station de métro a dû être fermée.

Passez un bon mercredi et divertissez-vous moult sous le soleil la pluie !

Les trois mots du lundi : à découvrir !

Une fois n’est pas coutume, j’ai choisi trois mots aujourd’hui, faribole, calembredaine et l’élégant coquecigrue. Les deux premiers termes relèvent du registre familier.

FARIBOLE

Faribole est un substantif féminin, qui signifie génériquement « propos ou chose frivole, de peu d’importance » (Cnrtl), le Petit Robert et le Littré ajoutent la notion de vanité (Cnrtl, Le Petit Robert) et d’inconsistance (Le Petit Robert). Le dictionnaire de l’Académie française (8e édition) évoque des « imaginations frivoles, vaines et plaisantes ».

Le Cnrtl ajoute de nombreuses acceptions.

A. Il s’agit communément de « propos sans consistance ou peu sérieux » (baliverne, sornette) ;

B. Plus rarement, et par analogie, il peut s’agir :

  • d’un objet de peu de valeur (babiole) ;
  • d’une mimique, gesticulation amusante ou désordonnée, ridicule ;

C. Au figuré, et dans un sens péjoratif, on parle aussi de courant d’idées ou d’institution présenté(e) comme sans fondement ou indigne d’intérêt.

Précisons que faribole s’emploie généralement au pluriel.

Si son origine est incertaine, pour le Petit Robert il s’agit du latin frivolus, « frivole ».

L’essentiel à retenir : faribole signifie le plus souvent « propos ou chose frivole, vain(e) et inconsistant(e).

CALEMBREDAINE

Calembredaine est un substantif féminin souvent au pluriel et d’un registre familier. Il s’agit de « propos extravagant, ridicule ou trompeur ; [d’]action un peu folle ». Parmi ses synonymes, mentionnons « bourde, sornette, faux-fuyant » (Littré, Cnrtl).

Plus spécifiquement, calembredaine dans l’expression « s’en aller en calembredaine » signifie, en parlant d’un évènement, « échouer ».

Son origine est inconnue, peut-être dérivée du terme « calembour ».

Enfin, nous notons que le mot calembredaine est absent du Petit Robert.

COQUECIGRUE

Coquecigrue, vieilli, est un substantif féminin dont nous retiendrons deux significations essentielles :

A. « Oiseau imaginaire, fabuleux » dont le nom est employé dans plusieurs locutions, par exemple :

  • « une chose arrivera à la venue des coquecigrues » signifie que cela n’arrivera jamais ;
  • « vous aurez des coquecigrues » se dit lorsque l’on raille quelqu’un qui demande quelque chose ;

B. Au sens figuré, il s’agit de « fantasme, [d’]illusion », par exemple :

  • « s’arracher aux coquecigrues d’un demi-sommeil » ;
  • « regarder voler des coquecigrues » signifie « se faire des illusions, s’occuper de choses chimériques » ;
  • « conte en l’air, baliverne, sornette, sottise ». Coquecigrue s’emploie par exemple dans ce type d’expression : « débiter des coquecigrues » ;
  • par métonymie, on parle d’une « personne qui raconte des sottises, imbécile, ridicule » ;
  • enfin, le substantif coquecigrue acquiert une valeur adjectivale quand il signifie « idiot, bizarre, extravagant ».

Si l’origine de ce mot est inconnue, le Petit Robert propose le croisement de coque-grue avec cigogne.

Passez un bon lundi !

Le saviez-vous ? Les présentatifs « voici » et « voilà »

Tout d’abord, les présentatifs voici et voilà signifient littéralement « vois ici » et « vois là ».

Malgré l’usage qui les distingue rarement, leur sens diffère sur ces points :

Voici s’emploie pour :

  • désigner quelque chose ou quelqu’un qui est proche de celui qui parle ;
  • annoncer ce qui va être dit ou être fait.

Voilà s’emploie pour :

  • désigner quelque chose ou quelqu’un qui est éloigné de la personne qui parle ou à qui on parle ;
  • revenir sur ce qui précède ou sur ce qui a été dit ou fait.

Cette distinction est semblable à celle qui existe entre « ci » et « là », entre « ceci » et « cela », entre « celui-ci » et celui-là ».

Bonne soirée !