Elena FERRANTE, Les jours de mon abandon

Olga, la narratrice, a trente-huit ans, elle est l’épouse de Mario et la mère de deux enfants, Ilaria et Gianni.

Le roman s’ouvre sur sa rupture – subie – avec son mari: il la quitte brusquement un jour, la laissant face à la douleur et l’incompréhension. Par-delà cette douleur, la narratrice livre ses pensées, ses sentiments, ses impressions aussi. Des impressions marquées par une conscience entravée, celle d’une femme rompue (par référence au roman de Simone de Beauvoir), abandonnée, rapidement en proie à une perception altérée du réel.

La technique narrative n’est pas sans évoquer le concept de « stream of consciousness » dont un exemple bien connu figure dans Ulysse (1922) de Joyce.

Olga dérive. Elle ne maîtrise plus rien, transformée en « pauvrette », cette voisine quittée par son époux lorsque Olga était petite, et dont la déchéance la hante. Son comportement devient irrationnel, hystérique, tant elle n’a plus de prise sur sa propre existence.

Les Jours de mon abandon, outre le roman d’une rupture, devient le récit d’une conscience sur le fil, entre folie et désarroi.

 

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J’ai beaucoup aimé ce roman, en dépit ou pour la souffrance et la détresse qu’il décrit. En revanche, si j’ai apprécié l’écriture, le style de l’auteur, je n’oublie pas qu’il s’agit d’une traduction (par Italo Passamonti) de l’italien vers le français, certainement très fidèle, mais qui m’empêche de vous livrer un commentaire stylistique par exemple. Je suis frustrée de ne connaître l’italien pour lire ce roman dans le texte! Ceci dit, beau roman et un schéma narratif qui nous permet de plonger avec l’auteur dans la « presque-folie » d’Olga.

New York Odyssée de Kristopher JANSMA

Hier j’ai fini New York Odyssée de Kristopher Jansma: 600 pages d’émotions où l’auteur tombe toujours juste. Point de misérabilisme, point de mièvrerie, les choses arrivent, tristes ou belles, comme dans une fresque mobile de personnages attachants. Un travelling dans New York. Et, comme le souligne Jacob, l’un des personnages, « Qui pourrait ne pas aimer cette ville? » (p.33).

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Irène, Sara et George, William, Jacob forment un groupe d’amis inséparables, de ceux que l’on rêve d’avoir à ses côtés. Ils vivent tous à New York, ils travaillent, font la fête…

Et puis Irène tombe malade, une maladie qui révèle en chacun de ses amis ses défauts, ses qualités; ces personnages sont plus que des entités d’encre et de papier, ils sont très « vrais ».

J’ai littéralement adoré ce roman. J’avoue que j’ai eu du mal les 100 premières pages à rentrer dans l’histoire, mais j’ai persisté, et je ne le regrette pas. Ce roman m’a éblouie, fait réfléchir, rêver aussi. Magnifique.

 

Lectures à venir, en vrac:

GROFF, Lauren, Les Furies, Editions de l’Olivier, 2015.

PLATH, Sylvia, La Cloche de détresse, Gallimard, 1963, rééd. 1972.

DE BEAUVOIR, Simone, L’Invitée, Gallimard, 1943.

FERRANTE, Elena, Poupée volée, Gallimard, 2006.

FERRANTE, Elena, Les Jours de mon abandon, Gallimard, 2002.

ORBAN, Christine, Avec le corps qu’elle a…, Albin Michel, 2018.

 

 

 

BALAVOINE, Lisa, Eparse

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Eparse

Hier, j’ai commencé le premier roman de Lisa Balavoine, Eparse. Il se compose de fragments empreints de poésie, un peu décalés aussi, tantôt élégants, tantôt plus grossiers, pour ne pas dire parfois complètement déjantés. Il est question d’amour, d’amants, de solitude, d’enfants, de doutes et d’échecs… Souvent sous forme de listes, d’inventaires qui ne laissent pas indifférent: énumérations de verbes ou d’expressions qui se suivent, se contredisent, rebondissent, nous racontent l’histoire que son auteur veut bien nous livrer… Sortes de billets éparpillés, griffonnés ça et là au détour d’une phrase, d’un mot qui en appellent d’autres, sur fond d’analepses, de prolepses, de jeux sur les mots, c’est magnifique. Je vous laisse, je vais continuer ma lecture 😉

Marguerite YOURCENAR, « Comment Wang-Fô fut sauvé », in Nouvelles orientales

Je viens de relire une nouvelle de Marguerite Yourcenar intitulée « Comment Wang-Fô fut sauvé ». Il s’agit d’un vieux peintre qui chemine, accompagné de son disciple Ling. Un jour, ils sont arrêtés par des soldats et amenés auprès de l’Empereur. Celui-ci reproche au vieil homme la rare beauté de ses toiles, qui confinent à un réel magnifié, auprès desquelles il a grandi. En effet, le monde lui paraissant alors fade à côté des peintures de Wang-Fô, il a pour dessein de le punir…

Cette nouvelle est courte – c’est le principe de la nouvelle-, je ne vous livre toutefois pas son dénouement, il faut vraiment la lire, elle a un côté merveilleux. Elle est merveilleuse. L’écriture est belle, fluide. Je ne m’en lasse pas. Lorsqu’on la lit, on a l’impression de voir un tableau dont les plans se multiplient à l’infini. C’est juste magique! Bonne lecture!

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Guy de MAUPASSANT, « La Parure »

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Ce matin j’ai relu « La Parure », nouvelle de Maupassant publiée en 1884. Il s’agit d’une femme qui ne satisfait pas de sa condition sociale et financière. Un jour, elle et son époux sont invités à une fête huppée. Comme elle ne possède pas de bijoux, elle emprunte une rivière de diamants à une ancienne amie…

Je ne me lasse pas de relire cette nouvelle. Elle soulève de nombreuses interrogations sur la personne humaine, sur les apparences, sur le dépit et la jalousie, mais aussi et surtout sur le sentiment de ne pas être à sa place. Aussi terminerai-je ce court post par cette question: L’orgueil et le plaisir, aussi furtifs soient-ils, impliquent-ils toujours un prix à payer?

GOROKHOFF, Clarisse, Casse-Gueule

Hier j’ai lu le second roman de Clarisse Gorokhoff, Casse-Gueule, publié en mai dernier.

Afin de ne pas « spoiler » toute l’histoire, je vais être concise. Il y est question d’une jeune femme, Ava, dont les relations avec sa mère sont compliquées; cette dernière, un rien psycho-rigide, place la beauté plastique au-dessus de tout.

Lorsque Ava est agressée en pleine rue, c’est à son visage que l’individu s’en prend: elle en ressort défigurée.

Mais contrairement à ce que l’on pourrait penser, et contre l’avis de tous, notamment sa mère, Ava refuse la chirurgie esthétique. Elle choisit de vivre telle qu’elle est désormais, et se lance à la recherche de l’homme qui l’a agressée…

C’est un roman très spécial, que j’ai dévoré: on ne le lâche qu’une fois fini. Pas de mièvrerie, pas de misérabilisme. Il est très étonnant. Sur le fil de la fiction. Un dénouement impossible à deviner. Le personnage de Clarisse est complexe; pourquoi ce refus de retrouver un visage lisse et net? Pourquoi part-elle, seule, sans le dénoncer à la police, à la suite de l’homme qui l’a défigurée? Comment s’y prend-t-elle et que découvrira-t-elle?….

« Ava sait ce qu’elle a à faire désormais. Vaincre la mélancolie. Prendre sa vie en main. S’armer d’une douce folie. Etre plus courageuse qu’un soir d’apocalypse. Sourire de traviole car c’est un jour nouveau, et que c’est là que les choses ont lieu. » (p. 55)

Bonne lecture et n’hésitez pas à me donner vos impressions!

Il est de ces livres que l’on a envie de relire…

J’ai lu récemment une Education catholique de Catherine CUSSET, publié en 2014.

Je ne savais rien de l’écrivain, j’avais découvert son œuvre L’Autre qu’on adorait, que j’avais lu en une journée, incapable de m’en détourner avant la fin. Je ne sais peut-être toujours rien de Catherine Cusset, sinon cette éducation catholique, entre un père pratiquant et une mère athée.

Jusqu’où va l’autofiction? Je vous propose un lien, il s’agit de l’écrivain qui présente son œuvre sur Youtube: https://www.youtube.com/watch?vgmYSboVzU’U

J’avoue ne pas savoir quoi ajouter sur son roman, tant les critiques, résumés et autres écrits antérieurs me semblent tomber juste. Par exemple, cette critique, entre tant d’autres, de Christine Ferniot (Télérama):

http://www.telerama.fr/livres/une-education-catholique,118696.php

Je ne peux que vous livrer mes impressions: je l’ai lu d’une traite, l’écriture est alerte, le récit bien mené… Et puis Dieu dans tout ça, j’avoue être impressionnée par la manière dont la narratrice, Marie, parle du Verbe, de la Croix… Point de verbiage pseudo érudit de ma part, juste le sentiment d’avoir lu un beau livre, qui résonne en moi et en mon histoire.

 

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