Les trois mots du lundi : à découvrir !

Une fois n’est pas coutume, j’ai choisi trois mots aujourd’hui, faribole, calembredaine et l’élégant coquecigrue. Les deux premiers termes relèvent du registre familier.

FARIBOLE

Faribole est un substantif féminin, qui signifie génériquement « propos ou chose frivole, de peu d’importance » (Cnrtl), le Petit Robert et le Littré ajoutent la notion de vanité (Cnrtl, Le Petit Robert) et d’inconsistance (Le Petit Robert). Le dictionnaire de l’Académie française (8e édition) évoque des « imaginations frivoles, vaines et plaisantes ».

Le Cnrtl ajoute de nombreuses acceptions.

A. Il s’agit communément de « propos sans consistance ou peu sérieux » (baliverne, sornette) ;

B. Plus rarement, et par analogie, il peut s’agir :

  • d’un objet de peu de valeur (babiole) ;
  • d’une mimique, gesticulation amusante ou désordonnée, ridicule ;

C. Au figuré, et dans un sens péjoratif, on parle aussi de courant d’idées ou d’institution présenté(e) comme sans fondement ou indigne d’intérêt.

Précisons que faribole s’emploie généralement au pluriel.

Si son origine est incertaine, pour le Petit Robert il s’agit du latin frivolus, « frivole ».

L’essentiel à retenir : faribole signifie le plus souvent « propos ou chose frivole, vain(e) et inconsistant(e).

CALEMBREDAINE

Calembredaine est un substantif féminin souvent au pluriel et d’un registre familier. Il s’agit de « propos extravagant, ridicule ou trompeur ; [d’]action un peu folle ». Parmi ses synonymes, mentionnons « bourde, sornette, faux-fuyant » (Littré, Cnrtl).

Plus spécifiquement, calembredaine dans l’expression « s’en aller en calembredaine » signifie, en parlant d’un évènement, « échouer ».

Son origine est inconnue, peut-être dérivée du terme « calembour ».

Enfin, nous notons que le mot calembredaine est absent du Petit Robert.

COQUECIGRUE

Coquecigrue, vieilli, est un substantif féminin dont nous retiendrons deux significations essentielles :

A. « Oiseau imaginaire, fabuleux » dont le nom est employé dans plusieurs locutions, par exemple :

  • « une chose arrivera à la venue des coquecigrues » signifie que cela n’arrivera jamais ;
  • « vous aurez des coquecigrues » se dit lorsque l’on raille quelqu’un qui demande quelque chose ;

B. Au sens figuré, il s’agit de « fantasme, [d’]illusion », par exemple :

  • « s’arracher aux coquecigrues d’un demi-sommeil » ;
  • « regarder voler des coquecigrues » signifie « se faire des illusions, s’occuper de choses chimériques » ;
  • « conte en l’air, baliverne, sornette, sottise ». Coquecigrue s’emploie par exemple dans ce type d’expression : « débiter des coquecigrues » ;
  • par métonymie, on parle d’une « personne qui raconte des sottises, imbécile, ridicule » ;
  • enfin, le substantif coquecigrue acquiert une valeur adjectivale quand il signifie « idiot, bizarre, extravagant ».

Si l’origine de ce mot est inconnue, le Petit Robert propose le croisement de coque-grue avec cigogne.

Passez un bon lundi !

Le saviez-vous ? Les présentatifs « voici » et « voilà »

Tout d’abord, les présentatifs voici et voilà signifient littéralement « vois ici » et « vois là ».

Malgré l’usage qui les distingue rarement, leur sens diffère sur ces points :

Voici s’emploie pour :

  • désigner quelque chose ou quelqu’un qui est proche de celui qui parle ;
  • annoncer ce qui va être dit ou être fait.

Voilà s’emploie pour :

  • désigner quelque chose ou quelqu’un qui est éloigné de la personne qui parle ou à qui on parle ;
  • revenir sur ce qui précède ou sur ce qui a été dit ou fait.

Cette distinction est semblable à celle qui existe entre « ci » et « là », entre « ceci » et « cela », entre « celui-ci » et celui-là ».

Bonne soirée !

Le mot du lundi : tmèse

Aujourd’hui j’ai choisi le substantif féminin tmèse. Il s’agit d’une figure de style.

Comme vous le savez, les figures de style abondent, et pas seulement dans les textes « littéraires ». On en emploie souvent en marketing ou en communication par exemple.

Dès lors, il me semble judicieux de rappeler leur typologie générale. On distingue quatre types fondamentaux de figures de style. En voici la typologie :

  1. Figures de mots
  2. Figures de sens
  3. Figures de construction
  4. Figures de pensée

Ensuite, chaque classement comporte des sous-catégories…

Le terme tmèse est une figure de construction, sous-classée figure de déstructuration.

Que signifie cette figure ?

Il s’agit de l’insertion d’un ou de plusieurs mots provoquant la division d’un mot composé ou d’un groupe de mots indissociables, liés par l’usage.

Étymologie :

Tmèse vient du bas latin tmesis, du grec tmêsis, « coupure ».

Voici un exemple issu du recueil Charmes de Valéry, poème « L’Abeille » :

« Quelle, et si fine, et si mortelle,

Que soit ta pointe, blonde abeille,

Je n’ai, sur ma tendre corbeille,

Jeté qu’un songe de dentelle. »

On note la dissociation inattendue entre « quelle » et « que ».

Soulignons ainsi que la tmèse est surtout fréquente en poésie : le poète possède l’espace où déployer sa créativité.

Bonne soirée !

Baladinages et paraphrastes, la « traduction »

Plaisanteries bouffonnes de mauvais goût et auteurs de paraphrases

Chaque matin, j’envisage la journée qui se profile et je prie pour ne pas être considérée comme une petite guenou ! Point de plaisanteries bouffonnes de mauvais goût, je ne m’occuperai pas de balivernes non plus. Certes je ne suis guère quelqu’un qui chipote. Mon humeur accorte pourtant n’est plus à prouver.

Le credo : ne pas rencontrer quelqu’un qui abuse. Ni qui use de faux-fuyants ! Et fuir ceux qui larmoient ! Sinon, les honorer du titre de monseigneur à seule fin de les confondre !

Même si cela n’est qu’un moyen de distraire, d’amuser, je sors à l’ouïe d’une petite musique.

Qui donc vais-je recevoir avec courtoisie ce jour ?

Mais qui vois-je ? Cette faculté d’apercevoir n’est pas sans me contrarier. Je risque d’être rendue sotte, tant il aime à attiser ! C’est aussi quelqu’un qui convoite… Mais qui, par trop, ne respecte pas les pratiques religieuses. Je penserai à attacher une indulgence et une prière à mon chapelet tout à l’heure. Je ne puis m’empêcher de mouvoir mes jambes deçà et delà… dont je dissimule pudiquement les parties charnues. J’imagine moult ébaudissements tout en taisant mon habitude de chicaner. Je m’adonne au marinisme, style affecté et précieux, à la préciosité, au bel esprit en somme ! C’est l’inverse lorsque l’on rencontre un vieillard respectable tel Nestor, et non un homme simple et borné qui s’amuse à des choses de rien à tout va. Sans parler de sa médiocrité : un poète médiocre ne saurait me plaire !

Quand j’emploie des mots surannés

Baladinages et paraphrastes

Chaque matin, j’envisage la journée qui se profile et je prie pour ne pas être considérée comme une guenuche coiffée ! Point de baladinages, je ne balivernerai pas non plus. Certes je ne suis guère une chipotière. Mon accortise pourtant n’est plus à prouver.

Le credo : ne pas rencontrer d’abuseur. Ni de biaiseur ! Et fuir les larmoyeurs ! Sinon, les monseigneuriser à seule fin de les confondre !

Même si cela n’est qu’une amusoire, je sors à l’ouïe de la musiquette.

Qui donc vais-je conjouir ce jour ?

Mais qui vois-je ? Cette apercevance n’est pas sans me contredire. Je risque d’être assotée, tant il est attiseur ! Il est aussi convoiteux… Mais par trop indévot. Je penserai indulgencier mon chapelet tout à l’heure. Je ne puis m’empêcher de brandiller des jambes… dont je dissimule pudiquement la charnure. J’imagine moult ébaudissements tout en taisant mon ergoterie. Je m’adonne au marinisme, au gongorisme, à l’euphuisme en somme ! C’est l’inverse lorsque l’on rencontre un Nestor, et non un Nicodème qui nigaude à tout va. Sans parler de sa médiocrité : un poétereau ne saurait me plaire !

Telle une dramatiste, je prie pour ne jamais me dépopulariser. Ma beauté est imployable… J’avoue ma propension à l’incorrigibilité. Philotechnique, outre mes atouts charnels, je joue persévéramment les paraphrastes.

Nul ne sait toutefois la futurition.

Il ne s’agit point de jaboter ! (le mot du lundi)

Bonjour !

Nous allons considérer le verbe jaboter selon deux catégorisations :

  • sens propre versus sens figuré ;
  • emploi intransitif versus emploi transitif.

Au sens propre, jaboter signifie « pousser des cris en secouant le jabot », le sujet étant un oiseau (CNRTL, Le Petit Robert, Le Petit Larousse).

Au sens figuré, il s’agit de bavarder, verbe coloré de diverses nuances comme nous allons le voir maintenant, en croisant les significations données par mes sources.

  • Emploi intransitif :
    • « bavarder sans arrêt de façon plus ou moins futile ou oiseuse » (CNRTL). Les synonymes sont alors « babiller », « jaser », « cancaner », ces deux derniers verbes étant péjoratifs ;
    • « parler beaucoup, d’une voix peu élevée et de choses peu intéressantes » ;
    • « bavarder à voix basse, généralement pour médire des autres » (Le Petit Larousse).
  • Emploi transitif, rare :
    • « parler maladroitement (une langue) » (synonyme : baragouiner) ;
    • « dire, raconter (avec une intention malveillante) » ;
    • « bavarder sans fin, de choses inintéressantes ou mesquines » (Académie française).

Remarque : Le Petit Larousse ne mentionne pas le sens propre du terme.

À retenir :

Lorsque l’on jabote, c’est généralement pour médire, parler de futilités, et souvent à voix basse. C’est aussi parler une langue étrangère maladroitement.

Si on est un oiseau (lol), « on jabote » signifie que l’on pousse des cris en secouant le jabot.

Passez un bon lundi !

Je vous sais gré / Je vous suis gré ?

Bonjour !

Je poursuis ma traque des tournures incorrectes, des erreurs et autres maladresses.

Aujourd’hui il s’agit d’une expression composée du terme gré, du latin gratum, neutre de gratus, « agréable, bienvenu ».

On ne dit JAMAIS : « *Je vous serais gré de votre aide et de votre soutien quand bien même nous échouerions ».

On dit : « Je vous saurais gré de votre aide et de votre soutien quand bien même nous échouerions ».

L’erreur constatée provient bien souvent de la prononciation proche des deux expressions, qui induit une hésitation.

Ainsi la tournure correcte, savoir gré à quelqu’un de quelque chose, signifie « avoir de la reconnaissance pour quelqu’un ». Ajoutons enfin qu’il s’agit d’une expression soutenue.

Passez une bonne journée !

Le mot du lundi : psittacisme

Bonjour !

J’ai choisi de vous parler ce matin du substantif masculin psittacisme.

J’ai retenu les deux définitions proposées par le CNRTL parce qu’elles m’ont semblé les plus complètes. Il s’agit donc :

A. (péjoratif) fait de répéter quelque chose comme un perroquet en raisonnant sans comprendre le sens des mots que l’on utilise ; en particulier, récitation mécanique de mots, de phrases, de notions dont le sens n’a pas été compris ou a été mal assimilé ;

B. c’est aussi, selon le CNRTL mais aussi pour le Petit Robert et le Trésor de la langue française, un trouble du langage en psychopathologie. Il consiste à répéter sans raison ce que l’on a entendu ou lu sans même le comprendre. Ces mêmes sources font également référence au terme « écholalie ».

Ceci me conduit à formuler deux remarques :

  • le verbe psittaciser existe, même s’il est rare. Sans surprise, c’est un verbe intransitif qui signifie « pratiquer le psittacisme, répéter machinalement comme un perroquet, sans réfléchir » ;
  • l’Académie française ne fait référence, dans la version actuelle de son dictionnaire, qu’à l’acception psychopathologique déjà mentionnée (le psittacisme est un trouble du langage) mais souligne toutefois que par extension, « dans un écrit, [il s’agit d’une] reprise, [d’une] répétition de propos, de formules d’autrui ». Cette définition introduit donc une notion complémentaire.

Qu’en est-il dès lors de l’étymologie de psittacisme ?

Il s’agit d’un dérivé savant du latin psittacus, lui-même emprunté du grec psittakos, « perroquet ». Voilà un point facile à retenir !

Passez un bon lundi !

Je traque les tournures incorrectes

En voici deux, de plus en plus employées à l’oral : une tournure avec le verbe partager et la seconde avec le substantif « base ».

  • L’emploi du verbe partager tel que le montre cet exemple est incorrect :

*Je vous partage cette photo.

La tournure correcte est la suivante : partager quelque chose avec quelqu’un.

  • De base / à la base

Je pensais avoir traqué une erreur là où il y en avait deux !

  1. L’expression « de base » est fautive lorsqu’elle veut remplacer « à la base ». On ne dit jamais : *De base, je suis patiente ; *De base, j’ai fait des études de gestion ;
  2. « De base » est uniquement employé pour « basal », « basique » dans des expressions telles que « vocabulaire de base », « salaire de base » (Le Petit Robert) ;
  3. J’ai découvert davantage : le fait d’employer « à la base » pour exprimer « initialement, d’abord, au commencement », c’est non seulement faire preuve de familiarité, mais aussi, selon l’Académie française, commettre une erreur.

À demain pour le mot du lundi !

N.B. : L’astérisque placé à gauche indique une tournure fautive.

Merci pour / merci de ?

Le nom commun merci

On hésite souvent devant l’emploi de la préposition suivant le terme merci entre « pour » et « de ». Voici la règle :

  • Quant il s’agit d’introduire un nom commun, merci se construit avec « de ». Par exemple : Merci de ce présent auquel je ne m’attendais pas. Merci de ta visite.
  • Devant un infinitif, la question ne se pose pas, c’est « de ». Par exemple : Merci d’être venu.
  • Toutefois, on voit de plus en plus « pour » suivre merci. Il ne s’agit pas d’une faute à proprement parler, mais d’un usage plus moderne… Par exemple : Merci pour tes efforts envers tes parents, ils sont tellement fiers que tu aies réussi.

Dès lors, qu’en est-il du verbe remercier ?

On retrouve le schéma identique.

  • Remercier se construit avec « de ».
  • Remercier « pour » est récemment admis par l’usage et renvoie à une tournure populaire.
  • Enfin remercier suivi d’un verbe à l’infinitif se construit exclusivement avec « de ». Par exemple : Je vous remercie de m’avoir fait confiance.

Passez une bonne journée !