Le mot du lundi : séculier

Pour saisir dans son ensemble le terme séculier, je vais reprendre, à partir du site du CNRTL et d’autres sources, les définitions proposées dans leur progression.

Tout d’abord, séculier n’est pas qu’un adjectif, c’est aussi un nom commun. En effet, on dit aussi « un » séculier pour parler d’un laïque.

Nous allons commencer par observer les significations données dans le dictionnaire de l’adjectif séculier avant de considérer le substantif.

Séculier, adj.

  1. Qui appartient au siècle, à la vie laïque. Temporel. Il s’oppose alors à « ecclésiastique » ;
  2. Qui vit dans le siècle, dans le monde. Il s’oppose à « régulier ».

(Sources : Le Petit Larousse et Le Petit Robert)

Sur le site du CNRTL, on distingue trois acceptions, selon qu’il s’agisse d’une personne (1), d’un groupe, d’une institution (2) ou d’une chose (3).

  1. (Personne) Laïque ; qualifie des personnes ayant des engagements particuliers vis-à-vis de Dieu et de l’Église selon des statuts différents dont la caractéristique essentielle est la vie dans le siècle et non en communauté ;
  2. (Groupe) Qui est composé de personnes ayant des engagements particuliers vis-à-vis de Dieu et de l’Église mais vivant dans le siècle ;
  3. (Chose) Relatif au domaine temporel, laïc, profane (pouvoir séculier, tribunaux séculiers…) ; propre au siècle, à la vie dans le siècle, selon le siècle ; emploi substantivé masculin singulier à valeur de neutre (le temporel, le séculier, le profane).

Séculier, n.m.

  1. Laïc, laïque ;
  2. Substantif masculin. Ecclésiastique vivant dans le siècle.

Étymologie : séculier vient du latin sæcularis, « profane, » de sæculum, « monde ».

Ne pas confondre « séculaire », signifiant « qui se fait de siècle en siècle, de cent ans en cent ans » et séculier (Académie française).

Remarque : j’ai relevé sur le site de l’Église catholique de France qu’aujourd’hui, le mot séculier désigne aussi les membres d’Instituts séculiers exerçant leurs activités en continuant à travailler dans le monde, sans l’obligation d’une vie en communauté. Il est ajouté que plus généralement, le mot séculier signifie « laïque ».

Bon lundi !

Le mot du lundi : antépiphore

Bonjour ! On se retrouve ce matin autour d’un terme littéraire : antépiphore.

Antépiphore, n.f.

En poésie comme en prose, il s’agit de la reprise/répétition d’éléments au début et à la fin d’une strophe, d’une phrase ou d’un ensemble verbal comme un paragraphe ou une période, et qui confère à l’ensemble un effet de refrain.

L’exemple suivant, extrait de L’Irréparable de Baudelaire, vous éclairera davantage :

« Adorable sorcière, aimes-tu les damnés ?

Dis, connais-tu l’irrémissible ?

Connais-tu le remords aux traits empoisonnés ?

À qui notre cœur sert de cible ?

Adorable sorcière, aimes-tu les damnés ? »

BAUDELAIRE, L’Irréparable

(Source secondaire : Bernard Dupriez, Gradus, Les procédés littéraires)

Étymologie : antépiphore vient du grec anta, « en face, devant », épi, « au-dessus, à la suite » et phéreïn, « porter ».

Pour aller plus loin, un article cité sur le site de Cairn (un site que j’adore par ailleurs, tant il regorge de pépites), passionnant, disponible ci-dessous :

https://doi.org/10.3917/arco.arcan.2017.01.0109

Bon lundi !

5 verbes délaissés par l’usage

J’étais avec mon ami depuis trois ans et ce matin, il m’a demandée en mariage !

Alors que je me gaudissais de cette nouvelle, une mauvaise surprise vint me marrir : le téléphone sonna, c’était ma sœur.

Parce qu’elle m’avait toujours contemnée, du moins je le croyais, nous finîmes par nous discepter sur un motif quelconque.

Et puis soudainement, imprévisiblement, elle me parla de son deuil, se confiant à moi comme elle ne l’avait jamais fait. Je ne pus alors que me condouloir : je tentai de la consoler, bien que maladroitement.

Cinq verbes de ce texte improvisé ont disparu des dictionnaires. Après quelques recherches, voici, ci-dessous, ce que j’ai trouvé.

Se gaudir de

On relève deux emplois :

A. emploi intransitif : manifester sa joie ;

B. emploi pronominal réfléchi :

  • s’égayer, se réjouir. Peut se construire avec les prépositions « à » ou « de » ;
  • construit avec le complément prépositionnel « de » : se moquer de.

Étymologie : se gaudir de vient du latin gaudere, « se réjouir ».

Marrir

On distingue trois emplois :

A. emploi transitif : troubler, contrarier quelqu’un ;

B. emploi pronominal :

  • se désoler, s’affliger, se fâcher ;
  • se décontenancer, s’égarer ;
  • s’écarter de sa situation présente (qui n’est pas satisfaisante), se préoccuper de changer en quelque chose ;

C. Participe passé, adjectif verbal marri.

Être marri : être désolé de quelque chose, attristé ou contrarié, fâché.

Contemner

Ce verbe transitif signifie « mépriser, exprimer son mépris pour quelqu’un ».

Étymologie : emprunté au latin contemnere, qui signifie « tenir pour négligeable, mépriser ».

Discepter

J’ai trouvé peu d’informations au sujet de discepter. Sa signification est « discuter, disputer ».

Étymologie : ce verbe vient du latin disceptare.

Condouloir (se)

Ce verbe réfléchi est a priori employé uniquement à l’infinitif (les différentes sources ne sont pas unanimes).

Il signifie « témoigner à quelqu’un que l’on prend part à sa douleur ».

Étymologie : ce verbe vient du latin condolere, de cum, « avec », et dolere, « avoir de la peine » : « souffrir ensemble », et en latin chrétien « compatir aux peines d’autrui ».

Passez un bon dimanche !

Laure MANEL, L’Ivresse des libellules

Aujourd’hui j’ai envie de vous parler d’un roman que j’ai lu hier : L’Ivresse des libellules de Laure Manel.

Je lis rarement ce genre de roman, je ne connais pas l’auteur ni les critiques sur son livre, alors se pose la question :

Pour quoi l’ai-je choisi ?

Initialement c’est son titre qui m’a intriguée. Puis la quatrième de couverture m’a convaincue. J’avais envie de quelque chose de frais, de léger. Si je n’ai pas été déçue, ce roman est toutefois plus complexe qu’il n’y paraît. Amitiés, amour, confidences, disputes, trahisons, retournements de situation : tout y est pour savourer cette comédie romantique « douce-amère ». Promesse tenue !

Résumé

Des couples d’amis quadragénaires se retrouvent dans une grande bastide du Sud de la France pour y passer deux semaines de vacances sans leurs enfants respectifs. Ce séjour leur réserve bien des surprises, notamment une arrivée qui va se révéler comme un catalyseur et remettre bien des choses en question.

Les personnages sont attachants autant que différents. Les sentiments sont omniprésents et les rebondissements psychologiques et émotifs se font nombreux.

Quelques pistes de lecture rapides

  • Le thème de l’usure (le temps qui passe, le quotidien, la routine, les couples) ;
  • Le thème du non-acquis en amour ;
  • Les portraits-types de personnages hauts en couleurs ;
  • Un joli tableau d’ensemble fissuré ça et là ;
  • L’ivresse (au sens propre comme au figuré) révélatrice de failles inattendues ;
  • Les compromis sur lesquels se bâtit tout couple ;
  • La tristesse comme une litanie.

Une interrogation demeure : vais-je succomber à La Délicatesse du homard et à La Mélancolie du kangourou, du même auteur ?

Bonne journée !

Le mot du lundi : gnomique

Gnomique, adjectif et substantif.

À partir des documents que j’ai consultés (le Jarrety, le dictionnaire de l’Académie française, Le Petit Larousse, le CNRTL, Le Petit Robert, le Littré, le Trésor de la langue française), j’ai pu distinguer trois acceptions concernant le terme gnomique :

  • Qui se présente sous forme de sentence, qui est constitué de sentences, maximes, préceptes, conseils pratiques versifiés.
  • Se dit d’une forme verbale (mode, temps) servant à marquer un fait général : dans l’exemple « la raison du plus fort est toujours la meilleure » (La Fontaine, Fables), chacun peut constater la validité de cet énoncé à valeur générale.

Par ailleurs, on qualifie de gnomique l’emploi du présent que l’on trouve dans les énoncés de ce type, par opposition au présent d’énonciation, de narration, de description. Exemple : La Terre tourne autour du Soleil.

  • Le troisième point se rapporte à la poésie : les poètes de l’Antiquité grecque pratiquaient une poésie dite gnomique, c’est-à-dire qu’ils s’exprimaient par sentences et maximes.

Les plus célèbres poètes gnomiques sont Théognis et Phocylide.

Quant à l’étymologie du terme gnomique, il est emprunté du grec gnômikôs, « en forme de sentence », lui-même dérivé de gnômê, « opinion ».

□ Enfin, pour aller plus loin :

Vignes Jean. Pour une gnomologie : Enquête sur le succès de la littérature gnomique à la Renaissance. In : Seizième Siècle, N°1, 2005. pp. 175-211.

DOI : https://doi.org/10.3406/xvi.2005.853

www.persee.fr/doc/xvi_1774-4466_2005_num_1_1_853

Passez une bonne soirée !

Victoria MAS, Le Bal des folles

Le roman s’ouvre in medias res : après avoir succinctement daté le récit (8 mars 1885), l’auteur fait commencer l’action d’emblée, par le réveil d’une jeune fille, Louise.

Dès lors, si le lecteur peut s’interroger, l’histoire qui se déploie saura répondre rapidement à moult questionnements.

Ainsi, qui est Louise ? Où se trouve-t-elle ? À quoi se prépare-t-elle ?

Et qui est cette femme qui la réveille ? Quel rôle jouera-t-elle dans le roman ?

Si le premier chapitre n’évoque pas tous les personnages principaux, il n’en pose pas moins les jalons d’une histoire au premier abord étrange, dérangeante, puis dure, dépourvue de chaleur humaine.

Charcot et la Salpêtrière

On est donc en 1885. Louise, jeune « aliénée », est internée à la Salpêtrière.

Cet hôpital renferme une multitude de femmes dites hystériques, ou épileptiques, voire idiotes, rejetées par leurs familles respectives.

Louise est l’une d’elles, et lorsqu’une infirmière, Geneviève, vient la réveiller, c’est pour l’accompagner dans un amphithéâtre bondé, auprès du neurologue Charcot. Ce dernier procède à des expérimentations publiques sur ses patientes dans un but médical, celui de faire progresser l’approche psychiatrique. Ses méthodes n’en sont pas moins choquantes. Après avoir hypnotisé sa patiente, il lui fait accomplir certains gestes et mouvements puis la plonge dans une crise d’hystérie impressionnante. Rassemblé dans la salle, le Tout-Paris ne manquerait pas ces séances d’exhibition.

Portraits

Trois personnages se détachent, que nous pouvons considérer comme personnages principaux : Louise et Geneviève dont nous avons déjà parlé, et Eugénie.

  • Louise

Louise doit sa présence à cause d’un traumatisme subi durant l’enfance.

Le premier chapitre la met d’emblée en scène.

Être choisie par Charcot pour ses séances d’hypnose relève d’une sorte de consécration : « C’est son moment de gloire et de reconnaissance » (p. 13). La fascination qu’exerce le célèbre médecin sur Louise est étonnante, tant elle s’y raccroche, évoquant sans cesse Augustine, qui fut l’objet d’étude du professeur Charcot.

  • Eugénie

Jeune femme de bonne famille, elle est considérée comme « déviante » parce qu’elle possède une particularité : elle ressent et voit la présence des morts. Lorsqu’elle l’avoue à sa famille, elle alors rejetée. Sa famille l’interne de force pour ensuite s’en désintéresser. Mais si pour son père, notamment, elle n’existe plus, en est-il de même pour tous les membres de sa famille ?

  • Geneviève

Geneviève n’est pas sur le même plan que les personnages précédents puisqu’elle est infirmière. Son rôle est d’encadrer les femmes internées, de veiller froidement sur elles, sans laisser s’exprimer quelque affect. Toutefois, en les réduisant à leur condition « d’aliénées », elle aussi laissera se dessiner les linéaments d’une faille jusqu’alors ineffable.

Plusieurs pistes pourraient être approfondies. Je pense notamment au rapport de force entre les femmes internées et les médecins, ou encore les infirmières.

Le classement des pathologies me semble également intéressant, notamment l’étiquette sous laquelle on regroupe les « hystériques ». Un service entier leur est dédié : le « service des hystériques » dont le but est de les contrôler et d’endiguer plus ou moins leur mal.

Enfin, l’enfermement est bien entendu un thème central dans le roman. Si l’enfermement physique est mis en exergue, il est aussi indiciblement psychologique. Et ce, pas seulement pour les « aliénées ».

Bonne lecture !

Le mot du lundi : homéotéleute

Tout d’abord, quelques mots sur la formation des termes commençant par « homéo- ». Ainsi dans l’article « Homéo– » comme élément formant, le premier élément est tiré du grec ο ́μοιος qui signifie « semblable à » et sert à la construction de mots appartenant principalement au domaine de la médecine et à celui des sciences Physiques. Le deuxième élément est par ailleurs généralement issu du grec.

Homéotéleute est un substantif féminin qui vient du grec ο ̔μοιοτε ́λευτος, homoios, « semblable » et de τελευτὴ, téleuté, « finale ».

Mais que signifie ce terme?

Il s’agit d’une figure de style « consistant à placer en fin de phrases ou de membres de phrases assez rapprochés des mots dont les finales semblables sont sensibles à l’oreille ».

À titre d’exemple, nous pouvons citer cet extrait du Malade imaginaire (III, 7), quand M.Purgon menace Argan de le faire tomber dans la bradypepsie ; de la bradypepsie dans la dyspepsie ; de la dyspepsie dans l’apepsie ; de l’apepsie dans la lienterie ; de la lienterie dans la dyssenterie ; de la dyssenterie dans l’hydropisie ; et de l’hydropisie dans la privation de la vie.

Notons enfin qu’une homéotéleute met en relief des énumérations.

Passez un bon lundi !

Le saviez-vous ? un/une espace ?

Bonjour !

Vous avez peut-être déjà rencontré le terme espace au féminin. Est-ce une erreur ? Pas du tout. En effet, le terme espace peut être masculin ou féminin selon le cadre dans lequel on l’emploie, mais surtout selon sa signification, d’où la présence de deux entrées dans le Petit Robert.

Ainsi, l’espace au sens de « lieu » est masculin : un espace vital, un espace aérien, etc.

La seconde signification du terme espace, cette fois-ci au féminin, renvoie au domaine de la typographie : dans cette terminologie, on parle d’une espace. Ce caractère typographique peut alors être une espace fine, une espace insécable, une espace sécable…

Il convient dès lors de savoir où et quelle espace placer dans la phrase… Si cela vous intéresse, je vous ferai un récapitulatif dans un autre article.

Bonne journée !

Petit point lexical : pataquès

Aujourd’hui je souhaite mettre les points sur les « i » concernant la signification d’un terme galvaudé : pataquès.

Tout d’abord, il existe une variation graphique : « pat-a-qu’est-ce ».

Ce substantif masculin est un terme souvent employé à tort et à travers.

Si Le Petit Robert distingue deux acceptions, les autres ouvrages que j’ai consultés (Le Petit Larousse, le Cnrtl, le dictionnaire de l’Académie française, le Jouette) sont plus prolixes.

Je distinguerai donc trois acceptions :

  • Il s’agit d’une faute de liaison dans la prononciation. Plus généralement, on fait entendre une consonne qui n’existe pas à la finale du mot précédent.

Exemples : huit (z) enfants / il viendra-t-à Paris (Jouette).

  • Par extension, un pataquès est une faute, un discours confus, une incorrection de langage. Son synonyme est alors « galimatias ».
  • Par analogie, ce terme est familier quand il signifie « faute de tact », « impair ».

Ajoutons à cette énumération qu’un pataquès renvoie également à une situation embrouillée, dans un registre familier. Faire tout un pataquès de quelque chose signifie alors en exagérer l’importance.

Enfin le dictionnaire de l’Académie française évoque, au XVIIIe siècle, une création plaisante imitant les liaisons fautives.

À bientôt !

Le mot du lundi : spoudogeloion

Bonjour !

Quelques mots introductifs…

Je voulais initialement vous parler du terme « kakemphaton », mais comme pour le terme que j’ai finalement choisi, spoudogeloion, je n’ai hélas pas pu croiser les définitions, ces deux termes n’apparaissant ni dans mes divers dictionnaires, ni en ligne sur les sites que je consulte. J’ai toutefois choisi spoudogeloion qui me semble d’une part très riche, et d’autre part, parce qu’il se rapporte à Rabelais, ce qui en facilite la compréhension.

Spoudogeloion est un substantif masculin.

Que signifie-t-il ?

Voici l’unique définition que j’ai pu trouver, issue du Lexique des termes littéraires, sous la direction de Michel Jarrety :

« Ce terme caractérise un genre d’écriture qui associe des thèmes ou des styles contrastés, en traitant par exemple sur le mode comique un contenu sérieux, ou en utilisant un style élevé pour décrire un évènement bas et comique. »

Il est plus loin question de Rabelais, qui dans le prologue de Gargantua (1535) explique « comment derrière le caractère comique de l’œuvre se cache une « substantifique moëlle », c’est-à-dire un contenu sérieux et philosophique. »

Quelle est son origine étymologique ?

Spoudogeloion vient du grec spoudaios, σπουδαῖος, « sérieux » et geloion, γελοῖον, « risible, comique ».

Vous pourrez aisément l’employer au sujet du Lutrin de Boileau ou des Contes de Voltaire… 😉

Passez une bonne journée !