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Petit point : les verbes pronominaux

Tout d’abord, qu’est-ce qu’une forme pronominale ?

Une forme pronominale se construit avec un pronom réfléchi, soit « me », « te », « se », « nous » et « vous ».

Un pronom réfléchi désigne la même personne que le sujet.

Exemples : Je me regarde dans le miroir / Tu te regardes dans le miroir / Il se regarde dans le miroir.

La forme pronominale inclut le pronom réfléchi et le verbe.

On distingue trois constructions pronominales (réfléchie, réciproque et passive) et deux types de verbes pronominaux (verbes essentiellement pronominaux ou autonomes).

  • Les constructions pronominales
  1. La construction réfléchie

Le sujet exerce l’action sur lui-même. Dans l’exemple « Emilie se lave », Emilie est à la fois celle qui lave et celle qu’elle lave.

  1. La construction réciproque

Différents sujets exercent leur action les uns sur les autres.

Exemple : Nous nous offrons tous des cadeaux pour Noël = Nous nous offrons des cadeaux les uns aux autres. Ceci induit une réciprocité dans l’action.

  1. La construction pronominale passive

Ce type de verbe peut prendre une valeur passive.

On observe que les fournitures scolaires se vendent dès le mois de juillet = les fournitures scolaires sont vendues = on vend les fournitures scolaires…

  • Les verbes pronominaux

Il existe les verbes essentiellement pronominaux et les verbes pronominaux autonomes.

  1. Les verbes essentiellement pronominaux

Ils sont toujours à la forme pronominale : s’écrier, s’évanouir…

On les reconnaît facilement de ce fait.

Par exemple : « s’enfuir » existe alors que « enfuir » n’existe pas.

  1. Les verbes pronominaux autonomes ou verbes occasionnellement pronominaux

Ils existent aussi à la forme non pronominale, mais dans ce cas, ils revêtent un sens différent : s’ennuyer/ennuyer, se douter de/douter de…

Par exemple, le verbe « apercevoir » signifie que l’on voit quelqu’un ou quelque chose tandis que le verbe « s’apercevoir » signifie « se rendre compte, réaliser ».

Bonne soirée !

Le mot du lundi : (s’)emberlucoquer

Je vous l’avoue, mais peut-être l’aviez-vous observé, j’ai une certaine propension à choisir pour cette rubrique des mots déchus.

Aujourd’hui, ce sera un terme populaire, soit le verbe (s’)emberlucoquer.

Ce verbe, que je connais pour son apparition dans l’œuvre de Rabelais, figure dans peu de documents explicatifs, qu’ils soient en ligne ou imprimés. Il pose par ailleurs, on va le voir, un problème relatif à son caractère pronominal (pour rappel, les verbes pronominaux se conjuguent avec un pronom réfléchi « me, te, se, nous, vous ») ou non pronominal.

En effet, j’ai d’abord relevé la définition « embarrasser, troubler, remplir l’esprit de chimères », induisant qu’il ne s’agit pas là d’un verbe pronominal : absence de pronom réfléchi.

Pourtant selon d’autres sources, le verbe s’emberlucoquer semble être un verbe exclusivement ou plus précisément « essentiellement » pronominal. Ainsi dans le dictionnaire de l’Académie française de 1762, il est défini comme verbe pronominal réfléchi, terme populaire, signifiant « se coiffer d’une opinion, s’en préoccuper tellement, qu’on en juge aussi mal que si on avait la berlue ». Dans l’édition de 1798, il est notifié que ce verbe ne s’emploie qu’avec un pronom personnel.

Revenons à Rabelais. On trouve plusieurs occurrences de ce verbe dans son œuvre, notamment dans le livre I, chapitre VI :

« Ha, pour grace, n’emburelucoquer jamais vos esperitz de ces vaines pensées ».

En note de bas de page, il s’agit de « s’emplir la tête de chimères semblables à celles que les Moines ont accoûtumé de loger fous leurs capuchons de bures ».

Selon le Littré, s’emberlucoquer, verbe réfléchi, signifie « s’entêter d’une idée, s’attacher aveuglément à une opinion ».

Enfin, si son origine est inconnue, il pourrait être construit sur le terme embrouiller ou berlue, berlu, (hurluberlu) et coquer, coque, capuchon = s’encapuchonner de berlue, voir des choses qui ne sont pas.

Si cet article vous semble quelque peu sibyllin, voici ce que vous pouvez en retenir :

S’il y a controverse au sujet du caractère pronominal / non pronominal du verbe s’emberlucoquer / emberlucoquer, retenons qu’il s’agit d’un verbe familier, à l’origine inconnue, sinon fantaisiste. Retenons enfin la définition donnée par le Littré et citée plus haut : « s’entêter d’une idée, s’attacher aveuglément à une opinion ».

Bonne soirée !

Remarque : un article portant spécifiquement sur les verbes pronominaux suivra bientôt.